vendredi 23 décembre 2016

Une (autre!) histoire de Noël...

En cette avant-veille de Noël, voici un billet de circonstances: une plongée dans le répertoire d'Henri Brochet (1898-1952), représentant de ce théâtre catholique du début du XXième siècle. 


En 1930, Brochet fonde la revue dramatique Jeux, Tréteaux et Personnages (dont les multiples parutions occupent souvent beaucoup d'espace dans les sections Théâtre des bouquineries francophones!) et profite de cet outil pour publier ses propres textes. Il en aurait, d'ailleurs, signé 159. 

Parmi ceux-ci, il y a le très moral Noël dans le hameau perdu (daté de 1948)... dont l'extrait suivant - qui commence à la fin de la scène IX de l'acte I - permet de bien saisir le ton, le caractère pittoresque des personnages... et l'intrigue à venir! 

SCÈNE IX

[...]

On frappe à la porte, au fond. - La Morvandelle (note de moi-même: une femme dure, patronne de l'Auberge du Morvan) s'arrête. - Un temps. 

LE PÈRE LELEU (note de moi-même: un vieil homme bon)
On a frappé, je crois.

MORVANDELLE
Je ne reçois plus personne!

On frappe de nouveau, et:

UNE VOIX
Quelqu'un! Est-ce qu'il a quelqu'un?

ESPÉRANCE (note de moi-même: petite-fille du Père Leleu, au très étrange ton poétique... après tout, elle ne porte pas son nom en vain...)
Le bonheur frappe parfois à notre porte; quand on le chasse, il ne revient plus.

MORVANDELLE
À ma porte, le bonheur ne frappe jamais. 

Elle va rapidement ouvrir.

SCÈNE X

Joseph, un homme encore jeune, paraît dans l'encadrement de la porte.

MORVANDELLE sans attendre qu'il parle
Inutile d'insister. Si c'est une chambre que vous voulez, je n'en ai plus.

JOSEPH
Ayez pitié de nous, madame.

MORVANDELLE
Vous êtes plusieurs?

JOSEPH
Ma femme, - elle souffre...

MORVANDELLE
Raison de plus: ce n'est pas un hôpital chez moi.

JOSEPH
Notre petit enfant...

MORVANDELLE
Suffit! Bien le bonsoir.

Elle lui ferme la porte au nez.

SCÈNE XI

ESPÉRANCE toute émue
Le bonheur s'en va! Le bonheur s'envole!...

LE PÈRE LELEU s'est levé
On aurait peut-être pu le recevoir, tout de même; quand il y a de la place pour deux, il y en a pour quatre.

MORVANDELLE 
Je suis chez moi, il me semble!

ESPÉRANCE dans un cri ému
Qui prendra le bel oiseau vivant dans son filet?...

MORVANDELLE
Il n'y a pas plus de bel oiseau que de bonheur derrière la porte: un malheureux de plus à qui la vie se montre telle qu'elle est et qu'elle va régaler de neige et de nuit. Il chantera la même chanson que moi, et je ne serai plus toute seule à maudire cette fin de décembre.

ESPÉRANCE
Grand-père!... Grand-père!... Le chasseur tuera le bel oiseau si nul ne le saisit vivant!

LE PÈRE LELEU
Attends, Espérance, - attends: il ne faut pas avoir le coeur chaviré. Si madame ne veut pas recevoir ce pauvre homme, elle est libre de lui fermer la porte. Mais je vais aller voir s'il trouve un gîte et tu seras rassurée.

MORVANDELLE
Vous allez vous égarer et vous y perdrez votre temps.

LE PÈRE LELEU
Moi aussi, voyez-vous, ça me fait deuil de les savoir sans feu ni lieu.

MORVANDELLE
Je ne peux pas vous empêcher de sortir, - mais, au moins, ne me les ramenez pas: ce que j'ai dit est dit.

Il sort par le fond. 

Et ainsi de suite... jusqu'au dénouement final (Que dire! Une rédemption!) où tous se retrouvent autour d'une mangeoire, dans une crèche, à admirer un Nouveau-Né.

C'est là un type de répertoire, une époque où le théâtre s'élaborait sur une littérature verbeuse pétrie de moralité et de bons sentiments... une veine qui n'est pas sans rappeler le mélodrame qui a marqué la petite histoire dramatique au XIXième siècle.

mercredi 21 décembre 2016

Un accord tout en nuances...


Voici une lettre de Monseigneur Louis-Nazaire Bégin, archevêque de Québec (après avoir diriger le diocèse de Chicoutimi quelques années auparavant), qui donne sa position sur la création d'une nouvelle compagnie en remplacement d'une autre, moins morale

Une lettre qui reste, il va sans dire, dans la ligne éditoriale de l'Église (canadienne) de l'époque.

Cette publication vient du journal hebdomadaire La Vérité du  26 janvier 1895.

Archevêché de Québec
Québec, le 12 janvier 1895

Monsieur le curé,

J’ai  reçu hier une lettre au sujet de la réorganisation projetée d’un théâtre à Québec  et je suis heureux d’apprendre : 1- qu’à l’assemblée tenue à l’Hôtel Frontenac, le 10 courant, les catholiques présents ont parfaitement reconnu à l’autorité religieuse diocésaine le droit et le devoir de défendre aux fidèles d’assister au théâtre, quand elle le juge nécessaire; 2- que la nouvelle compagnie entretient sur le théâtre des idées tout à fait différentes de celles qui ont généralement cours parmi les acteurs français, et qu’elle veut s’appliquer à respecter les lois de la morale et les sentiments religieux de la population; 3- que le nouveau gérant s’engage formellement à se conformer aux vues de l’autorité religieuse et à ne donner que des pièces absolument morales; 4- que, pour arriver à ce résultat, un comité spécial de citoyens sera chargé de veiller à la parfaite moralité des spectacles.

J’avais défendu sous peine de péché mortel d’assister au théâtre de la salle Jacques-Cartier pour les graves motifs que l’on sait. Maintenant que cette compagnie n’existe plus et qu’il s’agit d’une organisation toute différente, je ne puis maintenir contre cette dernière la condamnation que la précédente avais si bien méritée.

Mais je ne puis m’empêcher de vous dire avec quel profond chagrin je verrais se réaliser le projet d’établir un théâtre permanent à Québec. Je le regarderais comme un fléau au double ploint de vu moral et matériel : on accoutumerait ainsi notre peuple à une jouissance dont il ne pourrait plus se passer; on lui créerait un besoin de nouveau luxe, de vie factice, un surcroît de dépenses inutiles; on lui ferait abandonner bien vite ces réunions intimes du foyer, où chacun se repose des fatigues du jour sans danger pour les mœurs, sans détriment pour la bourse et où les liens sacrés de la famille ne font que se resserrer pour le plus grand bonheur de tous.

L’Église catholique regarde avec grande raison le théâtre moderne en général comme plein de dangers et elle met les fidèles en garde même contre les pièces considérées par un certain public comme inoffensives.

Jugez alors de mes justes craintes quand j’apprends que pour reconstituer la nouvelle compagnie, on se propose d’employer certains acteurs et actrices qui ont poussé l’ignorance ou le manque absolu de sens moral jusqu’à jouer et répéter dans notre ville de Québec des pièces absolument mauvaises. Vous comprenez que cette affaire entraîne avec elle une grave responsabilité que je ne veux assumer en aucune manière.


Veuillez agréer, monsieur le curé, l’Assurance de mon entier dévouement.

En d'autres termes, nous pourrions résumer cette lettre en Oui mais... ah et puis finalement, non!

mardi 20 décembre 2016

Épitaphe de Jehan Serre



Je me suis replongé, il y a peu, dans la lecture de différentes farces médiévales après qu'on m'ait offert un recueil (Les Farces - Moyen Âge et Renaissance, Imprimerie Nationale, 1999) en regroupant plusieurs selon différents thèmes. J'aime bien ces morceaux scéniques dont le but avoué était le rire. 

Dans le prologue, on cite un extrait d'un poème de Clément Marot (1497-1544) - la photo - portant sur l'un de ces joueurs de farces, Jehan Serre, au visage enfariné (la farine tenant lieu de maquillage!). 

Le voici dès lors en entier... parce qu'il est très beau:

Épitaphe de Jehan Serre, excellent joueur de farces

Ci-dessous gît et loge en serre, 
Ce très gentil fallot Jean Serre, 
Qui tout plaisir allait suivant ; 
Et grand joueur de son vivant, 
Non pas joueur de dés, ni quilles, 
Mais de belles farces gentilles, 
Auquel jeu jamais ne perdit, 
Mais y gagna bruit et crédit, 
Amour et populaire estime, 
Plus que d'écus, comme j'estime. 

Il fut en son jeu si adestre 
Qu'à le voir on le pensait être 
Ivrogne quand il se y prenait, 
Ou badin, s'il l'entreprenait ; 
Et n'eût su faire en sa puissance 
Le sage ; car à sa naissance 
Nature ne lui fit la trogne 
Que d'un badin ou d'un ivrogne. 
Toutefois je crois fermement 
Qu'il ne fit onc si vivement 
Le badin qui se rit ou mord 
Comme il fait maintenant le mort. 

Sa science n'était point vile, 
Mais bonne ; car en cette ville 
Des tristes tristeur détournait 
Et l'homme aise en aise tenait. 

Or bref, quand il entrait en salle, 
Avec une chemise sale, 
Le front, la joue et la narine 
Toute couverte de farine, 
Et coiffé d'un béguin d'enfant 
Et d'un haut bonnet triomphant 
Garni de plumes de chapons, 
Avec tout cela je réponds 
Qu'en voyant sa grâce niaise, 
On n'était pas moins gai ni aise
Qu'on est aux Champs Elysiens.

Ô vous, humains Parisiens !
De le pleurer, pour récompense, 
Impossible est ; car, quand on pense 
A ce qu'il soulait faire et dire, 
On ne peut se tenir de rire. 

Que dis-je, on ne le pleure point ? 
Si fait-on ; et voici le point :
On en rit si fort, en maints lieux, 
Que les larmes viennent aux yeux ; 
Ainsi en riant on le pleure, 
Et en pleurant on rit à l'heure. 

Or pleurez, riez votre soûl, 
Tout cela ne lui sert d'un sou ; 
Vous feriez beaucoup mieux en somme 
De prier Dieu pour le pauvre homme.

lundi 3 octobre 2016

Du metteur en scène et de sa mise en scène...

Généralement, je fais partie de ces metteurs en scène qui arpentent leur salle les soirs de représentations, aux prises avec la nervosité et l'angoisse, la fébrilité et l'excitation. Je suis aussi de ceux qui se retrouvent parfois en petite boule dans un coin sombre ou qui se terrent dans la coulisse, incapables de s'installer calmement pour regarder le travail en cours. 

Peu de mes productions (sinon celles où je devais agir comme régisseur donc concrètement impliqué) me voient jouir du plaisir du spectateur. Et du coup, mon niveau d'exigence (envers moi, envers les comédiens, envers les techniciens, envers le public) monte en flèche, labourant farouchement ma subjectivité. D'ailleurs, je n'aime pas beaucoup (voire pas du tout) recevoir des commentaires après une représentation tant l'expérience, pendant le moment du spectacle, est physique et intense.

C'est pourquoi j'ai bien souri à la lecture de ce passage de Brigitte Haentjens dans son ouvrage Un regard qui te fracasse, publié chez Boréal en 2014:

Je ne manque pas une seule représentation de mes spectacles, sauf si je dois être dans une autre ville, loin, à l'étranger. Autrement, je veux être là tous les soirs. Ou plutôt: je ne peux pas ne pas y être. 

Ça décrit assez bien ce besoin qu'on sait d'emblée voué à la souffrance:

Je trouve particulièrement épuisant et douloureux d'être assise au fond de la salle, d'entendre les toux, de voir les jambes qui bougent, de surprendre un spectateur qui sort puis rentre ou qui envoie un texto, boit de l'eau, baille ou somnole. Et cela me pèse de plus en plus au fur et à mesure de représentations, comme si la répétition des incidents, qui troublent la représentation selon moi, grugeait inexorablement ma patience et augmentait mon irritabilité. [...] Contrairement aux interprètes, qui peuvent y puiser beaucoup de gratification, le contact avec les spectateurs m'épuise, me vide. Même si leur réaction est enthousiaste.

Pourquoi alors se donner autant de misère? Sado-masochisme? C'est le côté noir de la chose qui pourtant, n'arrive pas, paradoxalement, à éteindre l'exaltation du théâtre, de ce plaisir grisant et vertigineux de voir des gens réunis pour voir, pour entendre ces comédiens qui portent, au fond, quelque part, une vision du théâtre, une vision du monde, une part de soi.

Je dis souvent que le metteur en scène est accouché du spectacle. [...] [Cela] explique peut-être la sensation de vide et de froid éprouvé lors des représentations, et le désir, irrépressible, de retourner dans la chaleur de la création.

dimanche 18 septembre 2016

De la moralité du théâtre... version «Progrès du Saguenay, en 1929!

Je sais... je reviens souvent avec ce même genre de billets sur ce blogue où la moralité du théâtre est décriée. Mais en même temps, c'est bien de fouiller dans ces archives pour se rendre compte que ce temps ne date pas de plusieurs siècles mais d'à peine quelques décennies. 

Et en cette époque heureusement révolue, même le Progrès du Saguenay donnait dans cette rhétorique morale... comme en fait foi, d'une certaine manière, cet article cultivant l'ambiguïté (entre l'enthousiasme et la réserve), paru le lundi, 5 novembre 1929 (le journal complet se retrouve ici, sur le site de la BanQ), suite au passage, à Chicoutimi, d'une troupe professionnelle en tournée:







Ah, quand même... l'époque bénie où il y avait de l'espace pour développer une pensée critique... Q'en reste-t-il aujourd'hui? Bien peu de choses, ce me semble...

mardi 13 septembre 2016

Haro sur Sarah Bernhardt!


Au cours de la visite de Sarah Bernhardt à Québec, à la fin de l'année 1905, une émeute éclata, tant pour les passions qu'elle déclenchait que pour des questions morales, il va de soi (voir ici, le type de commentaires qui paraissait à chacun de ses sulfureux passages). On la hue. Accusant le coup, la Divine donne alors, le 5 décembre, une entrevue à L'Événement (ici) qui met le feu aux poudres. 

Québec fut outrée. Une révolte (étudiante... eh oui...) accompagna le départ de la tragédienne.

En réponse à celle-ci, un jeune homme fait publier, le lendemain, dans Le Soleil, un poème qui ne fait pas dans la délicatesse (trouvé dans l'ouvrage Le théâtre à Québec au début du XXième siècle de Christian Beaucage, publié chez Nuit Blanche Éditeur en 1996, p.164) et qui s'en prend à tout ce qui est possible (dans des attaques mesquines) chez cette femme adulée par les uns, détestée par les autres: 

Va-t'en juive insolente, au sourire cynique:
Toi qui vient de jeter l'injure à notre sang!
Va-t'en montre plus loin ton front neurasthénique
Sur qui la vieillesse descend.

Va-t'en bien loin et puis de province en province,
Pars avec ta névrose et compte en ton chemin
L'argent qu'on aurait dû te tendre avec la pince
Et non avec la main.

Déploie ailleurs ton art et tes talents serviles;
Que ta robe traînante où brillent des cristaux
Prenne comme toujours la poussière des villes
Et les microbes des tréteaux.

Que sur toi la beauté chimique soit accrue;
Va te faire encenser encore dans d'autres murs,
Dissimule le temps qui passe sa charrue
Sur tes charmes trop mûrs!

Nous en avons assez de toi, foyer d'insultes!
Ton injure fut basse et nous restons front haut,
Notre patriotisme en nos coeurs est occulte
Mais il déborde quand il faut!

Tu fais bien de partir, artiste prolétaire:
Car nos rares bravos n'ont fait que t'assoiffer,
Car notre grand passé surgissant de la terre
Aurait pu t'étouffer.

Nos temples spacieux où le Christ règne en maître
Dans leur éclat serein t'auraient fait mal au coeur
Toi qui riais hier de notre Foi, du prêtre
Avec ton sarcasme moqueur!

Fuis loin de nous avant que notre haine éclate,
Nous sommes Iroquois, très bien: dis-nous adieu
Et pars en invoquant les mânes de Pilate
Qui fit mourir son Dieu.

Et quand, ailleurs, vers toi les foules, accourues
Admireront ton verbe et pleureront d'émoi
Ici nous passerons le balai sur les rues
Pour qu'il ne reste rien de toi!

lundi 12 septembre 2016

«Jouliks» [Carnet de mise en scène]

Marie-Christine Lê-Huu (photo du CEAD avec, ici, une courte notice biographique)

Dans quelques jours (le dimanche 2 octobre, pour être plus précis), ce sera le moment de faire la distribution de cette neuvième pièce que je signerai (depuis 2004) au Théâtre Mic-Mac de Roberval. D'ici là, je dispose d'encore un peu de temps pour plonger et replonger dans ce texte de Marie-Christine Lê-Huu.

Au CEAD (Centre d'Essai des Auteurs Dramatiques), on résume ainsi JouliksLa Petite raconte l'amour fou qui consume ses parents, Véra et Zak. Son récit révèle l'immense fossé qui sépare sa mère de sa grand-mère, livre les silences éloquents de son grand-père et traduit l'ardent désir de liberté qui hante Zak, homme d'exil et de voyage. La Petite ne peut pas régler le sort du monde, mais juste poser sur tous ces incompris un regard d'amour vrai, qu'elle souhaiterait capable de les protéger tous.

Un texte fort... et pourtant étrange. Un texte longuement narratif où le personnage principal a sept ans. Un texte où le mal-être est partout exposé avec une désarmante naïveté qui tranche avec la dureté et l'égoïsme des personnages. 

Le ton est particulièrement intriguant, tanguant entre le conte et le drame, entièrement soumis à cette vision de l'enfance. Simple en apparence... et en apparence seulement. Parce que tout est passé. Le jeu s'est joué et la parole, elle, continue de couler de source. 

C'est beau. C'est poétique. Et c'est terriblement cruel: les failles sont immenses. La rupture imminente. 

Que reste-t-il à la fin? 

Parmi les lectures possibles, laquelle sera la bonne? Laquelle sera la mienne? La nôtre?

dimanche 11 septembre 2016

Tenez-vous-le pour dit!



«Nous avons (malheureusement) du théâtre!»

Voici, en première page du Progrès du Saguenay, en ce 22 avril 1915, un éditorial bien senti contre le théâtre... de la même trempe de ceux que j'aime tant! Cet article est le fait - ô surprise - d'un religieux d'ici, l'abbé Calixte Tremblay, rédacteur pour ce journal à cette époque. (Comme il s'agit d'une photographie à partir d'une numérisation de la BanQ, la qualité laisse à désirer. En cliquant sur le lien, vous serez dirigés directement vers l'article.)







mercredi 7 septembre 2016

Une année en 5 mises en scène!

Quand la saison 2016-2017 sera terminée - après, bien entendu, qu'elle ait franchement commencé! - j'aurai signé cinq mises en scènes. Une saison bien remplie... comme un pentathlon...

La première échéance est pour le début du mois de novembre, avec le projet Les Mains anonymes, une création du Théâtre 100 Masques avec, comme point de départ, le mythe de Médée. Déjà quelques billets ont été publié sur ce blogue à ce sujet parce que ce projet est sur la table depuis quelques temps déjà!

Puis viendra le neuvième spectacle de Noël de la compagnie, en décembre, La la la c'est Noël. C'est chaque fois un exercice de style, un entraînement que de donner forme à une matière somme toute réduite tout en tentant de préserver un niveau comique important. Le cadre est bien établi.

À l'hiver 2017, je reviens, pour une neuvième fois, au Théâtre Mic Mac pour piloter leur production majeure, Jouliks, un texte de Marie-Christine Lê-Huu. Comme un retour à la maison... si on peut dire. Un texte touchant, percutant que j'ai en main depuis quelques semaines permettant d'enclencher la réflexion. La première est prévue pour le début avril. 

Quelques jours plus tard sera aussi la première de la troupe Les Mal-Avenants du Cégep de Chicoutimi (qui seront en répétition à compter de la semaine prochaine) où j'ai été nommé metteur en scène. Un travail exploratoire à venir pour ces jeunes, un plaisir pour moi. L'oeuvre au programme reste à choisir... selon le nombre de participants.

Enfin, ce sera la 19ième production estivale du Théâtre 100 Masques. Pour l'occasion, nous reviendrons à un genre que j'apprécie: le théâtre de Boulevard. Le dévolu a été jeté sur Feydeau et l'un de ses premiers textes: Le Système Ribadier

Une année artistiquement chargée. C'est beaucoup, c'est vrai. Mais c'est un calendrier qui m'est relativement habituel et avec lequel je connais, d'expérience, les temps et énergies qu'il demande. Puis tout ces projets ne sont pas des one-man-show... chacun réunissant des équipes au sein d'organismes bien huilés. 

Puis viendront les vacances...

lundi 5 septembre 2016

Découverte... en un sens...


Mettre en scène
c'est soulever un grand corps mort et enfoui
le dresser à la verticale pour qu'il se mette en marche
Brigitte Haentjens, Un regard qui te fracasse

Dans les derniers bouquins à être passés entre mes mains depuis quelques mois, celui de Brigitte Haentjens, Un regard qui te fracasse (publié en 2014 chez Boréal) est celui qui me marque le plus, m'interpelle le plus. 

Voilà une série de réflexions (et c'est très bien écrit avec une langue intelligemment imagée) sur le besoin de créer, la mise en scène, le rapport à l'acteur, au texte et à la scène. Un retour sur un parcours (que je connais malheureusement fort peu) long, tortueux mais riche en expériences scéniques.

À la différence de bien d'autres ouvrages du genre (et je pourrais en citer quelques uns!), elle évite les mièvreries, les lieux communs et pose un regard sans fard sur ce qu'elle fait, ce qui la fait vibrer comme artiste, ce qu'elle vise... Une grande. 

dimanche 4 septembre 2016

Au théâtre, cette semaine (du 4 au 10 septembre 2016)


Il y a, dans les prochains jours, quelques rendez-vous au calendrier au chapitre de la chose théâtrale. En voici donc le compte-rendu:

Aujourd'hui jusqu'à mardi (du 4 au 6 septembre 2016)
3967 rue Saint-Antoine (Jonquière), 20h30
(Ce sont les trois dernières représentations!)

Le Théâtre CRI présente, au coeur d'une maison privée (celle de Guylaine Rivard et Serge Potvin) l'expérience théâtrale Entre 4 murs où 4 metteurs en scène et comédiens auront, chacun au cours d'une saison précise, un mur de cette maison à exploiter. Et ça commence avec Andréanne Giguère et son Entre 4 murs - Des craquelures. Une heure de théâtre performatif consacrée à l'enfermement et la solitude. Pour réserver (il n'y a qu'environ 25 places disponibles par soir): 418-542-1129 ou via l'événement Facebook (ici).

Lundi (5 septembre 2016)
Studio-théâtre (UQAC), de 13h30 à 16h30

La Chaire de recherche du Canada pour une dramaturgie sonore au théâtre reçoit Mme Anne Alvaro (biographie ici) qui donnera un atelier/conférence (destiné aux professionnels): La lecture au microAprès avoir évoqué sa carrière au théâtre et au cinéma, Anne Alvaro proposera de partager son approche du texte, de la voix et de l’écoute qu’exige la pratique de la lecture au micro, que ce soit pour la scène pour la radio. 

Mardi (6 septembre 2016)
Bar le Zodiac (Roberval), 17h

Pour les gens de Roberval, le Théâtre Mic Mac tient son activité de la rentrée où il sera notamment question du calendrier de sa saison, des ateliers et des auditions en vue de la production majeure. En quelques sortes, un lancement.
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Parlant de calendrier, le Théâtre la Rubrique a fait le lancement de sa programmation 2016-2017 la semaine dernière. Une programmation fort intéressante, riche, dynamique avec des spectacles à ne pas manquer. On peut la lire ici.
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Voilà. C'est tout ce que je trouve. Il se peut que j'en oublie.

(Par ailleurs, pour les parents d'enfants intéressés par le théâtre, il est encore temps de les inscrire aux ateliers réguliers du Théâtre 100 Masques ou à ceux du Théâtre La Rubrique!)

samedi 3 septembre 2016

«Les mains anonymes» [Carnet de mise en scène]


Avec ce projet (qui sera présenté par le Théâtre 100 Masques du 2 au 11 novembre 2016, à la Salle Murdock), je reviens à une forme que j'apprécie particulièrement: le monologue... cette parole qui doit remplir l'espace scénique à partir d'un unique émetteur. J'aime l'incontournable cheminement de la pensée qu'impose ce cadre. J'aime l'impressionnant exercice que représente le genre pour la mémoire, au corps, à la présence.

Et j'aime aussi l'ambiguïté que traîne une telle énonciation: si l'interprète s'adresse au spectateur, la figure en scène, elle, dans son flux de paroles, s'adresse à qui? Voix intérieure? Voix directe? Comme s'inscrit le principe de l'interlocuteur? Comme se définit-il? Les pistes sont nombreuses. 

Comme auteur, je pense aussi que cette forme donne un résultat plus intime, plus personnel. Beaucoup moins marqué par la fiction, le personnage. 

Maintenant, le travail de création commencera sous peu. Cette matière doit passer du papier à la scène et la forme monologique sèmera assurément ses écueils...

jeudi 1 septembre 2016

La beauté du théâtre



Dans un monde dominé par le virtuel, 
on se retrouve tout d'un coup avec une représentation réelle 
et virtuelle à la fois. 
Et c'est ça la beauté du théâtre, 
dans le monde d'aujourd'hui qui nous confronte sans cesse 
à des médias bidimensionnels.

Thomas Ostermeier, Le théâtre et la peur

mercredi 31 août 2016

De l'immoralité du théâtre au début du XXième siècle!

La moralité, dans ce Québec du début du XXième siècle pétri de judéo-chrétienté est une chose sérieuse. Une chose fondamentale. C'est pourquoi il faut s'insurger quand le péché débarque dans la Province sous les allures de grandes comédiennes françaises comme ce fut le cas pour Sarah Bernhardt, oui... mais aussi pour l'une de ses compatriotes: Réjane (quelques notes biographiques ici). 


Ainsi, quand cette grande dame de la scène débarque, dans la capitale, en janvier 1905, pour une série de représentations (les pièces - jugées immorales! - au programme étaient L'hirondelle et La petite marquise), le conservateur journal L'Événement la conspue en ces termes (l'extrait est cité dans le bouquin de Christian Beaucage, Le théâtre à Québec au début du XXième siècle):

Une actrice française, Madame Réjane, vient de terminer une série de représentations dans un théâtre de Montréal. Les pièces qu'elle y a jouées sont immorales ou ordurières. Son succès a été considérable.

Malgré l'engouement de la foule, malgré la réputation de l'artiste, deux grands quotidiens de Montréal, «La Presse» et «La Patrie» ont cru devoir protester contre cette apothéose de la luxure.

Aujourd'hui, on nous annonce la venue à Québec de la même actrice et la représentation des mêmes pièces.

Eh bien, nous protestons au nom de la pudeur et de la morale publique! Lorsque l'on exploite seulement la bêtise humaine, en servant des inepties au public, on peut laisser faire. Chacun est libre de perdre son temps et son argent.

Mais du moment qu'on veut frapper monnaie en offrant des productions malsaines et en spéculant sur les mauvais instincts du peuple, il est nécessaire d'intervenir et de jeter le cri d'alarme. Car les malfaiteurs littéraires ou artistiques ne doivent pas être moins conspués que les bandits et les prostituées.

Inutile de vouloir pallier le mal sous le manteau de l'art. La fange ne peut jamais être l'objet du beau.

Nous avertissons donc les directeurs du théâtre de l'Auditorium et, en même temps, le public qui se respecte.


Toujours cette même rhétorique pompeuse digne d'un Bossuet ou de l'un des Pères de l'Église... et pourtant c'était il y a quelques décennies à peine...  

lundi 29 août 2016

«Les mains anonymes» [Carnet de mise en scène]


Médée est l'un des personnages mythologiques les plus troublants. Cette femme-sorcière se fait passion pour Jason et rien - ni père, ni frère, ni ennemi - ne survit à son déchaînement... et quand la jalousie et la rage s'emparent d'elle, elle tente de les assouvir en immolant ses enfants sur l'autel de la vengeance. Une histoire terrible qui résonne encore parfois - trop souvent! - dans les titres de nos journaux.

En décembre 2014, le Théâtre 100 Masques devait donner une version de ce mythe à partir de collages d'extraits puisés à plusieurs sources (Euripide, Sénèque, Corneille, Anhouil, Muller), isolant, de ces oeuvres, la voix de Médée qui se crie, se justifie, se défend, se pourfend. 

Pour différentes raisons, le projet n'a pas eu lieu... sans pourtant être écarté des projets possibles. 

Cet hiver, avec un peu plus de temps libres, avec ce projet en tête, je me suis mis à l'écriture de mon propre texte à partir de cette femme, élaborant, peu à peu, une partition hautement formelle, construite, poétique. Huit tableaux comme huit instantanés de cette intrigue. Une voix intérieure qui se déclame et qui cherche une issus. 

Et le résultat est convaincant... au point de passer rapidement à la scène.

Dans quelques jours, quelques semaines, le Théâtre 100 Masques entrera donc en répétition pour ce projet  ayant pour titre Les mains anonymes et qui sera présenté du 2 au 11 novembre, du mercredi au vendredi, à la Salle Murdock de Chicoutimi. 

La tâche d'interprété ce monologue sera confiée à Erika Brisson avec qui j'ai présenté la seconde version de Trou Noir l'an passé. 

mardi 23 août 2016

Quand la structure apporte la liberté...


Cela dit, être l'intendant d'un grand théâtre, c'est la plus grande liberté qui soit. Il y a des metteurs en scène indépendants  - en allemand on dit frei Regiseure, metteurs en scène libres. Mais celui qui est le plus libre de tous dans le paysage théâtral allemand, c'est le directeur d'un théâtre. Car c'est lui qui décide, par exemple, de prévoir six mois de répétitions pour Shakespeare. C'est le directeur qui décide où mettre l'accent, où placer les moyens - mais il ne peut le faire que dans le théâtre qu'il dirige. Tout le monde pense qu'avoir à gérer toute une institution est très lourd, que cela empêche le travail artistique. Moi je dirais le contraire. [...] En plus, il y a au théâtre une grande tradition de ce type de fonctionnement: Molière, Shakespeare... ils étaient tous des chefs de troupe!

Ceci est l'opinion de Thomas Ostermeier (directeur de la Schaubühne de Berlin... l'un des plus grands théâtres européens), dans Le Théâtre et la Peur (p.28), publié il y a quelques mois chez Actes Sud... et je ne suis pas très loin d'avoir la même opinion. Bien sûr, entre l'institution allemande et le Théâtre 100 Masques, il y a tout un monde (et beaucoup moins de moyens!). Toujours est-il qu'une bonne organisation peut devenir un formidable outil de création et de liberté. 


samedi 20 août 2016

Nouvelles acquisitons!

L'année 2016-2017 s'annonce bien chargée! Pour soutenir cette activité frénétique, je me suis procuré de nouveaux bouquins sur le théâtre. Des ouvrages pour nourrir la réflexion. Des ouvrages pour comprendre le médium. Des ouvrages pour ouvrir peut-être de nouvelles pistes de création.

Un bref passage à Montréal a porté ses fruits! Voici donc les cinq ajouts à ma bibliothèque (et nul doute que ceux-ci seront bientôt références pour divers billets sur ce blogue!):

... d'abord trois visions de metteurs en scène (deux très contemporains et un classique)... et ce sont souvent là les lectures les plus intéressantes, les plus questionnantes...




... et deux petites plaquettes plus historiques... parce qu'il est important de savoir ce qui s'est fait avant et de saisir l'évolution du théâtre dans sa globalité...



dimanche 14 août 2016

Au théâtre, cette semaine! (Du 14 au 20 août 2016.)


Nous débutons aujourd'hui une autre semaine chargée en ce qui a trait au théâtre! Toutefois, il ne faut pas prendre tout ça pour acquis parce que peu à peu, les jours filent et la rentrée sera bientôt chose faite! Plusieurs productions entameront, cette semaine, leur dernier tour de piste... puis viendra la saison régulière!

Dimanche à mardi (du 14 au 16 août 2016)
Salle Lionel-Villeneuve (Roberval), 20h
(Avant-dernière semaine de représentations!)

Le Théâtre du 2X4 présente La Suite Logique de Maxime Champagne. À la suite d’une consultation chez le voyant Zanzor, Régis se fait prédire que toute sa vie sera chamboulée et qu’il provoquera une réaction en chaîne. La vie des gens qui l’entourent prendra de nouvelles avenues spectaculaires et loufoques. Mise en scène: Jean Belzil-Gascon. Avec Benoit Arcand, Jérémie Desbiens, Laurence Régnier et Édith Arvisais. (Informations .)

Mardi et mercredi (16 et 17 août 2016)
Église de Saint-Eugène d'Argentenay, 19h30
(Dernière chance!)

Jimmy Doucet présente Pour le meilleur et pour le pire (La route des légendes). Vous aimeriez revivre les années 80 le temps d’un mariage? Vous êtes cordialement invité à célébrer l’union de Richard et Guylaine à l’église de Saint-Eugène d’Argentenay cet été. Un voyage dans le temps humoristique que vous n’oublierez jamais! (Informations .)

Mardi et mercredi (16 et 17 août 2016)
Bâtiment 1912 (Pulperie de Chicoutimi), 20h30
(Avant-dernière semaine de représentations!)

Le Théâtre 100 Masques présente son trio de farces médiévales (La Farce du Pâté et de la TarteLa Farce du cuvierLa Farce du pet)... une incursion dans une dramaturgie datant d'il y a six siècles et prouvant que la bêtise humaine ne change pas! Mise en scène: Dario Larouche. Avec: Mélanie Potvin, Éric Chalifour, Gervais Arcand et Sophie Larouche. (Informations .)

Mardi à jeudi et samedi (16 au 18 et 20 août 2016)
Site de la Nouvelle-France (St-Félix-d'Otis), 11h
(Avant-dernière semaine de représentations!)

Le Site de la Nouvelle France présente Les Filles de la forêt - un conte équin (les textes sont de Martin Giguère), de la compagnie Luna Caballera. Mise en scène: Éric Chalifour. Avec: Patrice Leblanc, Valérie Villeneuve, Marie-Claude Bouillon, Christina Albers, Pamela Paradis. (Informations .)

Mardi, jeudi et vendredi (16, 18 et 19 août 2016)
Centre touristique de Vauvert, 20h
(Avant-dernière semaine de représentations!)

Le duo Jacob Lévesque et Mélanie St-Germain présente leur création, Donne-moi ta bouche. (Informations .)

Mardi au samedi (16 au 20 août 2016)
Complexe touristique de la Dam-en-terre (Alma), 20h30

Le Dream Team présente Hier est un autre jour de Sylvain Meyniac et Jean-François Cros. Cette pièce raconte l'histoire de Pierre Maillard, avocat rigide et bourré de tocs qui prépare le procès de sa vie! Il est persuadé d’avoir la promotion qu’il mérite et ne se méfie pas une seconde de son patron et collègue. À quelques heures du procès, un étrange personnage vient cogner à sa porte et va bouleverser sa vie bien rangée, en lui faisant vivre une journée sans fin, dingue et absurde où les mêmes événements se répètent jusqu’au délire ! Des pieds qui se prennent dans le tapis, des cigares qui disparaissent, des crayons qui se planquent et un cochon qui se fait la malle, Pierre deviendrait-il complètement fou? Mise en scène: Édith Patenaude. Avec: Samuel Corbeil, Israël Gamache, Linda Laplante, Joanie Lehoux, Nicolas Létourneau et Edith Patenaude. (Informations .)

Mercredi, jeudi et samedi (17, 18 et 20 aout 2016)
Musée Louis Hémon, 14h
(Dernière chance!)

Dans le cadre du centenaire de la publication de Maria Chapdeleine, le Musée Louis Hémon présente Maria Chapdeleine: Mission intemporelle, un concept original de Mathieu Savard et Christian Laprise. Suivez les aventures loufoques de deux espions qui tentent d’accomplir une mission bien spéciale qui se déroule dans le passé.(Information .)

Jeudi et vendredi (11 et 12 août 2016)
Au Météor (Dolbeau-Mistassini), 20h45
(Dernière chance!)

Jimmy Doucet présente Retour à Cayo Banano (La route des légendes). Venez vivre de toutes nouvelles aventures à l’hôtel de Cayo Banano. Venez rire en compagnie de nos voyageurs colorés, vous divertir en vivant avec eux des excursions plutôt dangereuses et surtout passer une semaine de rêve à boire, manger et vous faire bronzer…(Informations .)

Jeudi et vendredi (18 et 19 août 2016)
Maison coupée en deux (St-Fulgence), 19h30
(Dernière chance!)

La Maison coupée en deux présente Contes et légendes du Saguenay-Lac-Saint-Jean de Jimmy Doucet. Cette année, assistez à un tout nouveau spectacle! Notre région a elle aussi ses contes et légendes et nous vous proposons de venir les découvrir à travers un spectacle humoristique différent de tout ce que vous avez vu jusqu’à présent. Pour découvrir le Saguenay-Lac-Saint-Jean d’une façon très originale, nous vous invitons à voyager à travers nos histoires étranges et imaginaires. Mise en scène: Jimmy Doucet. Avec (notamment... parce que je ne trouve pas la distribution complète): Alexis Gagnon, Pierre Turcotte, Maxim St-Pierre et Christian Ouellet. (Informations .)

Vendredi et samedi (19 et 20 août 2016)
Moulin des pionniers (La Doré), 13h30
(Dernière chance!)

Jimmy Doucet présente Les aventuriers du passé (La route des légendes). Aidez nos voyageurs du temps à retourner à leur époque tout en les protégeant des dangers des années 2000. Venez vivre une aventure humoristique à travers le temps en compagnie de personnages marquants qui ont contribué au développement de la municipalité de La Doré. (Informations .)

samedi 13 août 2016

Un bout de «Chat en poche»


Je suis un fan fini des pièces de vaudevilles et de théâtre de boulevard qui ont fait la belle époque du théâtre de la fin du XIXième et du début du XXième siècle. Et j'ai, dans ma bibliothèque, les collections presque complètes du quatuor fétiche: Labiche, Courteline, Guitry et Feydeau.

D'alleurs, j'ai lu beaucoup dernièrement les pièces de celui-ci, en vue d'une éventuelle production estivale en 2017.

J'aime bien cette écriture vive. Ce ton toujours un peu caustique... parfois même virulent, sombre, noir... mais toujours très drôle. 

Voici le début de l'une de ses premières oeuvres, Chat en poche (1888), où il est d'abord question d'héberger un supposé chanteur d'opéra pour finir en une histoire rocambolesque d'adultère... Tout y est. Les jeux de mots, les quiproquos, les remarques narquoises.

Tous sont assis à table.
Pacarel. — Excellent, ce canard !

Marthe. — La recette est du docteur Landernau.

Landernau. — Eh ! parbleu, c’est le canard à la Rouennaise ! Tout le mystère est dans la façon de le tuer… C’est très simple… au moyen d’une constriction exercée de la main contre le cou du canard, n’est-ce pas, l’air ne pénétrant plus dans le thorax, l’hématose se fait incomplètement, ce qui amène des extravasations sanguines dans le tissu cellulaire qui sépare les muscles sus-hyoïdiens, et sous-hyoïdiens, par conséquent…

Pacarel. — Oui, enfin, vous lui tordez le cou… Ces médecins, ça ne peut rien dire comme les autres… Eh ! bien, c’est excellent. 
[...] (À Tiburce.) Apportez-nous le champagne.

Tiburce remonte chercher le champagne sur le buffet pendant que la bonne enlève les verres à vin et la carafe.

Amandine. — Ah ! je l’adore… mais mon mari, le docteur, me le défend… il dit que ça m’excite trop ! Il ne me le permet que pour mes bains.

Tiburce, à part. — Ah ! pauvre chatte !

Pacarel. — Allons ! tendez vos verres… et vous savez, c’est du vin ! Je ne vous dis que ça… il me vient de Troyes, ville aussi célèbre par son champagne que par le cheval de ce nom.

Julie. — Mais non papa, le cheval et le champagne, ça n’a aucun rapport. Ça ne s’écrit même pas la même chose.

Pacarel. — Pardon ! ai-je dit que… cheval et champagne, ça s’écrit la même chose ?

Julie. — Je ne te dis pas !… Mais il y a Troie et Troyes…ce qui fait deux.

Landernau. — Permettez… trois et trois font six.

Pacarel. — Ah ! très drôle ! Messieurs… Mesdames… Je demande la parole…

Il se lève.

Amandine. — Laissez parler M. Pacarel,

Marthe. — Parle !… Mon mari était fait pour être tribun,

Pacarel. — Messieurs… Mesdames… on ne pourra pas nier.

Marthe. — Ah ! à propos de panier, ma chère Amandine, j’ai retrouvé le vôtre, votre panier à ouvrage

Amandine. — Mon panier, ah ! moi qui le cherchais !

Pacarel. — Allez-vous bientôt me laisser parler ?

Marthe. — Va, mon ami. (À Amandine.) Vous me ferez penser à vous le rendre tout à l’heure.

Pacarel. — Messieurs et Mesdames… et surtout toi, ma fille… je vous ménage une surprise (À Tiburce.) Apportez-nous les rince-bouche.

Marthe. — C’est ça ta surprise?

Pacarel. — Non, ce n’est qu’une interruption… Je veux m’habituer pour si jamais je suis député… (À Tiburce.) Eh ! bien, vous n’entendez pas ? J’ai demandé que vous m’apportassiez les rince-bouche.

Tiburce. — Voilà ! Je vais vous l’apportasser !

Pacarel. — D’abord on dit apporter… On ne dit pas apportasser.

Tiburce. — Ah ! je pensais faire plaisir à Monsieur… comme Monsieur vient de le dire… Oh ! les maîtres !…

Il sort.

Amandine. — Monsieur Pacarel… vous avez la parole…

Tous. — La surprise !… La surprise !…

Pacarel. — Voilà… Je serai bref… Julie… tu t’es illustrée dans ta famille par la confection d’un opéra… tu as refait Faust après Gounod… Gounod était né avant toi, il était tout naturel qu’il eût pris les devants. Ton Faust, j’ai résolu de le faire jouer à l’Opéra même…


Et à partir de là, la machine s'emballe.

Bien entendu, cette pièce, toute drôle soit-elle, ne fait pas partie de la sélection qui repose sur ma table. Mais elle donne bien le ton des pièces à venir!

vendredi 12 août 2016

«Le comédien et les femmes»

J.-S. Archambault, dit Palmieri

Le théâtre, au Québec, dans les premières années du XXième siècle, réunit toute une galerie d'interprètes flamboyants. Malheureusement, avec un art aussi éphémère, ces hautes personnalités sombrent inéluctablement dans l'oubli. Par chance, certains ont pris la plume pour consigner leurs souvenirs, leurs opinions.

Et c'est toujours intéressant de faire une telle incursion dans une pratique à l'orée du professionnalisme des années 30-40. 

Par exemple, voici un long extrait de Mes Souvenirs de Théâtre, par Palmieri (publié en 1944), vedette de l'époque. Cet extrait - savoureux s'il en est... et légèrement prétentieux! - décrit, en termes fleuris, selon lui, la façon dont le comédien est perçu par les femmes: 

Mon stylo frémit d'émotion en évoquant ce titre: La Femme et le Comédien. Deux âmes où le mirage de l'amour, des passions, donne à la vie théâtrale des splendeurs d'oasis, où les êtres voyagent sur des lacs, transparents miroirs de volupté. Que se passe-t-il au tréfonds de toutes ces charmantes spectatrices regardant le comédien avec leur coeur? L'ambiance théâtrale donne à la femme l'illusion d'un temple où se chante l'éternel cantique de l'amour. La femme entre toute émue dans cette salle de spectacles qui, durant quelques heures, va lui sembler un mur l'isolant des sombres réalités de la vie. 
Son coeur, son âme, son intelligence, ses pensées ne vivront plus que dans l'âme du comédien d'où jaillira l'harmonie des grandes sentimentalités humaines. Pour la femme, l'acteur est un dieu dont la voix céleste, pénétrant tout son être, fera passer en elle tous les grands frissons d'une heure de vie humaine que l'on voudrait toujours revivre.

La femme, au théâtre, voit toujours l'acteur non pas tel qu'il est réellement, mais d'après le personnage qu'il représente. Elle aime avec lui, elle hait avec lui, elle pleure, elle rit, et c'est dans une extase qu'elle contemple le comédien. [...]

[...] La femme couronne d'une auréole divine le front de l'acteur, pour elle le comédien n'appartient plus au monde, à la terre, il n'est plus qu'une superbe irradiation des grandeurs psychologiques. Au sortir du théâtre, l'âme encore ravie, la femme ne peut plus détacher son regard de ce dieu qui la suit, elle le contemple, elle voudrait se fondre dans la lumière qui l'auréole, et le petit dieu devenu homme, l'abordant tout à coup, fera passer en elle une ivresse inconnue. Le dieu lui parle, il lui ouvre son coeur où brille la lumière du feu sacré qui le dévore. [...] La femme dont l'âme est encore sous le charme de l'extase enveloppe le dieu d'un regard d'amour et d'adoration, elle l'élève jusqu'à son coeur comme un ostensoir, et le dieu, au sommet de l'Olympe, laisse tomber des rayons de béatitude sur cet être ravi et heureux. [...]

[...] Créée pour l'amour et la tendresse, la femme entre au théâtre comme en un temple où son âme goûtera aux célestes félicités, et sous cette voûte où les passions vont dérouler devant elle le film merveilleux de leurs fortes réactions, son âme s'envolera aussitêt vers la stratosphère des grandes émotions divines et humaines.

Les temps changent. Les temps changent.

mardi 9 août 2016

Du dépouillement... jusqu'à l'essentiel


Plus les années passent et le plus j'ai l'impression de chercher à dépouiller mon travail de metteur en scène pour centrer celui-ci sur le jeu du comédien. Il faut dire, par ailleurs, que je n'ai jamais vraiment été un grand partisan de la technique, de la technologie ou encore des grands espaces scénographiques. 

Pour moi, l'esthétique de la scène passe majoritairement par le corps, sa plasticité, son rythme, sa chorégraphie. Une quête de précision. Une recherche d'efficacité sémiologique confiée prioritairement à l'acteur. 

C'est peut-être l'une des raisons qui me font apprécier les écrits (surtout ceux esthétiques) de Jean Vilar (initiateur du Festival d'Avignon)... comme ces passages extraits de son petit essai De la tradition théâtrale publié quand même en 1955:

Ici, il s'agit de simplifier, de dépouiller. [...] Pour qu'une réalisation possède son plein pouvoir de suggestion, il n'est pas nécessaire que telle scène dite de mouvements soit en mouvement (avec entrechats, boxe, bagarres, poursuites plus ou moins réalistes ou plus ou moins symbolisées). Il suffit d'un ou deux gestes et du texte. Mais il faut que le texte et le gestes soient justes.

Un peu plus loin, il ajoute (un passage que j'ai déjà publié ici en 2009, mais que je reprends parce que je le trouve toujours aussi parlant!): 

Réduire le spectacle à sa plus simple et difficile expression, qui est le jeu scénique ou plus exactement le jeu des acteurs. Et donc, éviter de faire du plateau un carrefour où se rencontrent tous les arts majeurs et mineurs (peinture, architecture, électromanie, musicomanie, machinerie, etc...).

Remettre le décorateur à son rang qui est de résoudre le problème des découvertes, des frises et de réaliser la construction des éléments scéniques (meubles ou accessoires) strictement indispensables au jeu des acteurs.

Laisser au music-hall et au cirque l'utilisation immodérée des projecteurs, des casseroles et du mercure.

Donner à la partie musicale le seul rôle d'ouverture ou de liaisons entre deux tableaux. Ne l'utiliser qu'aux seuls endroits où le texte indique formellement l'intervention d'une musique lointaine ou proche, d'une chanson, d'un divertissement musical.

En résumé, éliminer tous les moyens d'expression qui sont extérieurs aux lois pures et spartiates de la scène et réduire le spectacle à l'expression du corps et de l'âme de l'acteur. 

Bon. C'est un peu radical, il est vrai... mais il n'en demeure pas moins que cette vision du théâtre repose sur sa composante essentielle: le travail de l'interprète.