jeudi 31 mars 2016

Le théâtre d'«époque» au Séminaire de Chicoutimi

J'achève de parcourir la petite collection de photographies théâtrales du Séminaire de Chicoutimi que j'ai en ma possession. Des images d'une autre époque (elles datent de la fin des années quarante) qui illustrent, à leur façon, la manière dont le théâtre se faisait. 

Voici, ce matin, trois pièces différentes (avec, bien sûr, une distribution toute masculine!) qui font appel à des costumes d'époque. Des costumes magnifiques. 

Malheureusement, aucun détail n'est donné sur le titre de la pièce ou l'année exacte de sa création... 

Il y a cette version de l'Antiquité, tout en drapé... drapé qui me semble un tantinet romain...



Ou encore celle-ci... qui se déroule manifestement à l'époque classique (une pièce de Molière?)...


Ou enfin, celle-ci (que j'imagine être la même pièce bien que d'une photo à l'autre nous ne reconnaissions pas nécessairement les personnages)... Je n'ose me risquer à proposer une époque ou un auteur!




Ce sont là de bons exemples de ce théâtre académique du début du XXième siècle. Théâtre probablement moral... Mais avec des esthétiques léchées et somme toute complexe (les rideaux de scène, la confection des habits). 

Dommage que les photos ne donnent pas d'idée sur le caractère vivant de ces représentations (ou, pour faire plus simples, sur le jeu...)... 

mercredi 30 mars 2016

Les camps d'été du TCM


Étant de retour à temps plein au Théâtre 100 Masques depuis un mois, c'est donc dire que je reprends la planification et l'organisation des Camps de théâtre thématiques. Le défi est de trouver des sujets stimulants avec lesquels les jeunes pourront s'amuser tout en découvrant quelque chose. 

Cette année, je suis particulièrement content des idées mises en place. C'est peut-être la fois où ces camps seront le plus en phase avec la mission artistique de la compagnie (adoptée depuis 7 ans après avoir été d'abord consacrée au développement de la relève) axée sur l'exploration du répertoire et des grandes formes théâtrales.

lundi 28 mars 2016

Semaine théâtrale - du 27 mars au 2 avril 2015


La semaine a commencé, hier, par la Journée Mondiale du Théâtre (et par la diffusion de cette vidéo, une initiative du Théâtre CRI)... mais ce n'est pas tout... car il y a d'autres activités pour les jours à venir (une grosse semaine, en somme!)... Comme ceci:

Mercredi, 30 mars 2016
La Saguenéenne (Chicoutimi), 18h

Dans le cadre de la Totale dédiée, cette année, à l'auteur Guy Lalancette, l'APES a invité le Théâtre 100 Masques a reprendre l'extrait (une 15aine de minutes) de Le bruit que fait la mort en tombant (du même auteur) présenté en octobre dernier au Salon du livre du SLSJ (avec Erika Brisson dans une mise en scène de Dario Larouche). Cette présentation ouvrira le dialogue entre Francine Belles-Isle et M. Lalancette à partir de cette oeuvre. Plus de détails ici.

Jeudi, 31 mars 2016
Salle Lionel-Villeneuve (Roberval), 20h
PREMIÈRE SEMAINE

Le Théâtre Mic Mac célèbre cette année ses 50 ans! Pour l'occasion, il a misé, comme production majeure, sur un autre texte de Michel-Marc Bouchard, président d'honneur des festivités, axé sur les souvenirs et la transmission: Les Manuscrits du Déluge (mise en scène d'Émilie Gilbert-Gagnon). Des personnes âgées, réunies en groupe d'écriture, ont rédigé des textes qui constituent les chroniques de la petite histoire de leur village. Lorsque survient la grande inondation de la région de Saguenay, tous leurs manuscrits sont emportés par la crue. Le groupe s'emploie maintenant à rassembler les feuilles épars dans les rues qui sont à la fois leur mémoire et celle des lieux. Cette pièce établit, avec finesse, un parallèle entre la vie qui déserte peu à peu les petites villes et celle qui se retire des personnes vieillissantes. Mais aussi, elle propose un questionnement juste sur la mémoire et la création, sur ce qui a été et ce qui est à venir. Quels mots retenir de son existence? Pour qui réécrire tout cela? Détails ici

Vendredi, 1er avril 2016
Bibliothèque de Jonquière (Jonquière), 18h

(J'imagine que c'est une initiative de La Rubrique?) Un atelier inspiré de la pièce diffusée le 9 avril prochain au Théâtre La Rubrique, Gretel et Hansel. Participez à un cours atelier d’éveil au théâtre où vous pourrez explorer la forêt d’Hansel et Gretel, vous aventurer près de la maison en pain d’épices, vivre un conte de fées sans quitter les murs de la bibliothèque… Lecture du conte original, brève présentation de Gretel et Hansel (production du théâtre Le Carrousel) et exploration guidée, jeux dans l’espace. Cette activité d’une durée d’une heure s’adresse aux enfants de 6 à 9 ans et à leurs parents. Le port de vêtements confortables est recommandé. Information : 418 698-3200 poste 4147

Vendredi, 1er avril 2016
Salle Desjardins Maria-Chapdelaine (Dolbeau-Mistassini), 20h

Le comité des spectacles de la place présente Les Sorcières de Salem d'Arthur Miller. Une production de La Comédie Humaine et de la Banque Nationale. Une mise en scène de Martin Lavigne. Dans le village de Salem, Abigaïl, une servante renvoyée par sa maitresse pour avoir eu une relation adultérine avec son maître, cherche à se venger en se prêtant naïvement à des jeux de sorcellerie pour récupérer l'homme qu'elle aime. Des rumeurs font que la situation dégénère dans le village de Salem. Un procès a lieu dans lequel des innocents seront accusés de sorcellerie. Qu'arrivera-t-il de ces victimes accusées à tort? Détails ici.


Vendredi, 1er avril 2016
Salle Michel-Côté (Alma), 20h

et

Samedi, 2 avril 2016
Salle Pierrette-Gaudreault (Jonquière), 20h

Ville d'Alma Spectacles (première représentation) et le Théâtre La Rubrique (seconde représentation) reçoivent la production Molly Bloom (d'après le récit de James Joyce), mettant en vedette Anne-Marie Cadieux. Une production Sybillines et Espace Go.  16 juin 1904. Deux heures du matin. Leopold Bloom, un peu ivre, vient s’écrouler dans le lit conjugal, après une journée de dérive dans Dublin. Ce même jour, dans ce même lit, sa femme Molly l’a trompé. Ne retrouvant pas le sommeil, Molly s’abandonne au flot débordant de ses pensées où s’entremêlent confidences et désirs érotiques. Elle songe à sa journée (avec son amant Boylan), à son mari, à l’amour, à son corps, à sa beauté, à sa carrière de cantatrice, à son enfance à Gibraltar, à ses enfants, jusqu’au souvenir jouissif de son « oui » à la demande en mariage de Leopold, 16 ans auparavant. Détails ici.

Je crois que c'est tout... du moins en ce qui a trait aux présentations publiques...

La malédiction de Shakespeare


Voilà la photographie de l'épitaphe qui coiffe la tombe de Shakespeare (d'autres images ici) sise dans l'église de la Sainte-Trinité à Stratford-upon-Avon. 

La traduction donne à peu près ceci: Mon ami, pour l'amour de Jésus, abstiens-toi de creuser la poussière enfermée ici. Béni soit celui qui épargne ces pierres. Et maudit soit celui qui déplace mes os. 

Eh bien quelqu'un a dû souffrir quelque part parce que dernièrement, selon une nouvelle parue il y a quelques jours (ici), on a découvert que dans cette tombe, d'après des études au scanneur laser, Shakespeare a perdu la tête!

Peut-être était-ce un comédien qui voulait jouer le rôle de Hamlet comme le veut l'image devenue cliché du jeune homme torturé tenant dans ses mains un crâne... Dans ce cas, quel crâne a le plus d'intérêt que celui du génie dramatique? 

dimanche 27 mars 2016

Journée Mondiale du Théâtre

(J'ai choisi une photographie d'une Ghostlight, de cette sentinelle qu'on allume parfois après une représentation, 
en attendant la prochaine,  pour garder une présence dans le lieu pour contrer les esprits... une belle métaphore de cette Journée.)

Outre Pâques qui tombe, cette année, le 27 mars, c'est aussi la Journée Mondiale du Théâtre (voir un bref historique ici) qui sera marquée partout dans le monde, notamment par la lecture, en début de représentation (bon, ça s'est peut-être fait hier ou ça se fera cette semaine?), du très beau message officiel du metteur en scène russe Anatoli Vassiliev (ici) ou du message québécois du comédien d'origine autochtone Charles Bender (ici).

Une journée - bien que ce soit Pâques! - pour réfléchir au théâtre, à son histoire, son rôle dans la société et dans le monde culturel, son avenir.

Une journée pour célébrer ce moyen d'expression éminemment humain, construit sur un dialogue vivant entre la scène et la salle. Pour dire que nous sommes là. Que nous y croyons. Que nous continuons à y croire. Que nous continuerons à monter sur les planches. À dire le monde par ce médium. À le questionner. Pour dire que nous ne sommes pas qu'une dépense. Que nous ne sommes pas qu'un divertissement. Que nous sommes aussi une parole forte dans une société.

Et une journée enfin pour redire encore une fois que même ici, au Saguenay-Lac-Saint-Jean le théâtre a su prendre racines mais qu'il faut pourtant continuer à le clamer, à le soutenir, à l'apprécier, à le faire vivre.!


Pour tous ceux qui font les directions des compagnies...
Qu'ils soient administrateurs...
Qu'ils soient directeurs généraux ou artistiques...
Qu'ils soient personnels de soutien...

Pour tous mes collègues et amis...
Qu'ils soient auteurs...
Qu'ils soient metteurs en scène...
Qu'ils soient concepteurs...
Qu'ils soient comédiens...

Pour tous les autres qui sont aussi autour...
Qu'ils soient professeurs...
Qu'ils soient étudiants...
Qu'ils soient animateurs...
Qu'ils soient journalistes culturels...

Et enfin pour l'autre partie essentielle du théâtre: le public...

Je souhaite une bonne et fastueuse Journée Mondiale du Théâtre... qui sert aussi à rappeler que par la suite, il y en aura 364 autres!

vendredi 25 mars 2016

Un peu (très peu!) d'histoire


Voici un court billet dans le ton de ce Vendredi Saint.

La première véritable oeuvre théâtrale (avec des codes encore à définir, il va sans dire) connue du Moyen-Âge après un silence (du moins dans ce qui s'est transmis jusqu'à nous) de quelques siècles vient du monde religieux (qui a combattu le théâtre avec acharnement dans cette Église en devenir), dans les années 900.  

Il s'agit du développement dramatique d'un chant liturgique, La Visite au Sépulcre, représenté en latin à l'intérieur même d'une église, devant l'autel, les personnages étant joués par des moines représentant les témoins de la Résurrection. 

Le peu que j'en sais ne dit pas ce qu'il advient, dans ce schéma dramatique, des femmes si importantes dans les Évangiles... 



jeudi 24 mars 2016

La mort de Molière


Voici la page du fameux registre de Lagrange (voir ici) - comédien de Molière qui notait tout ayant rapport à la vie de la troupe  (notamment les pièces jouées et les entrées) - rapportant la mort du patron. Un document émouvant, simple, qui ne sait pas encore que ce même Molière entrait dans la grande histoire du Théâtre.

Ce document dit:
Ce même jour, après la comédie sur les dix heures du soir, Monsieur de Molière mourut dans sa maison rue de Richelieu, ayant joué le rôle dudit Malade imaginaire fort incommodé d'un rhume et fluxion sur la poitrine qui lui causait une grande toux de sorte que dans les grands efforts qu'il fit pour cracher il se rompit une veine dans le corps et ne vécut pas demi heure ou trois quarts d'heure depuis ladite veine rompue. Son corps est enterré à Saint-Joseph, aide de la paroisse Saint-Eustache. Il y a une tombe élevée d'un pied hors de terre.


mercredi 23 mars 2016

Le théâtre: un métier qui se perd


Dans quelques années, nous ne trouverons plus personne qui sache peindre avec des techniques variées, personne qui sache construire des parois énormes et légères comme des voiles, des toiles incroyables qui se dressent dans l'espace, personne qui sache tisser, coudre, couper, personne qui fasse des chaussures et des chapeaux, à la main, savamment et amoureusement. Comment penser, imaginer ce «théâtre humain» dans une société qui galope vers la mécanisation collective? Combien de fois n'avons-nous pas entendu dire «qu'il n'y avait plus personne qui sache couper des pantalons, ne parlons pas des gilets, qui sache coudre les boutons, ou même qui sache faire des boutonnières»! Pour nous qui n'avons jamais aimé et qui n'aimerons jamais les triples plateaux qui montent et descendent, les plateaux qui oscillent et s'inclinent (sans qu'on les utilise jamais par la suite), les salles qui tournent sur elles-mêmes et ainsi de suite, nous croyons à un théâtre clair et simple, y compris dans ses formulations techniques, le futur s'annonce de plus en plus difficile. Et nous ne voyons pas comment arrêter ce que j’appellerai ce vice de l'histoire et non son développement harmonieux.

Ce sont là les propos de Giorgio Strehler, dans une lettre envoyée à son scénographe, Luciano Damiani (reproduite dans Un théâtre pour la vie, publié, en français, en 1980 aux Éditions Fayard). Un constat un peu déprimant... bien que réel. Et encore! Il n'a pas été fait à une époque où internet et les réseaux sociaux changent considérablement la donne.

Mais en même temps, n'est-il pas normal que le théâtre se transforme et suive l'évolution du monde dans lequel il évolue? À toutes les époques, il a laissé de côté des métiers rendus futiles, des traditions devenues clichés, des genres désuets.

Le théâtre, après tout, est un art résolument vivant.

(Pour le reste... c'est quand même une lourde réalité que celle voulant que le théâtre clair et simple n'a pas particulièrement la cote, de nos jours!)


lundi 21 mars 2016

Journée Mondiale de la Marionnette

Photographie de la valise de Germain Boisvert, sauvée des rebuts en 2010 (Crédits: Oliver Jean)
À ce sujet (et c'est dans le thème), voir l'article de Jeu, Un patrimoine à conserver (paru en 2012)

C'est aujourd'hui la Journée Mondiale de la Marionnette (on peut lire ici le message international 2016). Pour cette occasion... pour saluer aussi les collègues  des Amis de chiffon, de la Tortue Noire, du Théâtre À Bout Portant et tous les autres qui s'adonnent - fréquemment ou à l'occasion! - à cet art fabuleux!... voici l'un des plus beaux textes (intégral) sur ce genre (un chef-d'oeuvre philosophico-spiritualo-esthétique!) écrit au début du XIXième siècle par Henrich on Kleist (dans une traduction de Jacques Outin), Sur le théâtre de marionnettes:

.Alors que je passais l’hiver 1801 à M…, j’y rencontrai un soir, dans un jardin public, Monsieur C… qui était engagé depuis peu comme premier danseur à l’Opéra de la ville, où il remportait un succès exceptionnel auprès du public.
Je lui dis que j’avais été étonné de le trouver plusieurs fois déjà au théâtre de marionnettes dressé sur la place du marché pour divertir la populace par de petits drames burlesques entrecoupés de chants et de danses.
Il m’assura que la pantomime de ces poupées lui procurait un plaisir intense et me fit clairement sentir qu’elles pouvaient apprendre toutes sortes de choses à un danseur désireux de se parfaire.
Comme ce propos me semblait, dans sa formulation, être plus qu’une simple boutade, je m’assis près de lui pour lui demander ce sur quoi il pouvait bien fonder une si étrange affirmation.
Il me demanda si je n’avais pas trouvé très gracieux certains mouvements que faisaient les poupées, et notamment les plus petites.
C’est une chose que je ne pus nier. Téniers n’aurait pu peindre de manière plus exquise un groupe de quatre paysans dansant la ronde à une vive cadence.
Je m’enquis du mécanisme de ces figures et demandai comment il était possible de diriger leurs membres et leurs points, comme l’exigeait le rythme des mouvements ou de la danse, sans avoir aux doigts des myriades de fils.
Il me répondit qu’il ne fallait pas s’imaginer qu’aux divers moments de la danse, chaque membre était posé et tiré séparément par le machiniste.
Chaque mouvement avait son centre de gravité ; il suffisait de le diriger, de l’intérieur de la figure ; les membres, qui n’étaient que des pendules, suivaient d’eux-mêmes, sans autre intervention, de manière mécanique.
Il ajouta que ce mouvement était fort simple ; chaque fois que le centre de gravité se déplaçait en ligne droite, les membres décrivaient des courbes ; et que souvent, après avoir été secoué de manière purement accidentelle, l’ensemble entrait dans une sorte de mouvement rythmique qui n’était pas sans ressembler à la danse.
Cette remarque me sembla jeter quelque lumière sur le plaisir qu’il prétendait trouver au théâtre de marionnettes. Mais j’étais encore loin de pressentir les conséquences qu’il allait en tirer.
Je lui demandai s’il pensait que le machiniste, qui dirigeait ces poupées, devait lui-même être danseur, ou au moins avoir une notion de la beauté de la danse.
Il répondit que même si un métier était facile du point de vue mécanique, il ne fallait pas en conclure qu’il puisse être exercé sans la moindre sensibilité.
La ligne que le centre de gravité devait décrire, était il est vrai très simples et, comme il le pensait, dans la plupart des cas droite. Lorsqu’elle était courbe, la loi de son incurvation semblait être au moins du premier degré, tout au plus du second ; et dans ce dernier cas, seulement elliptique, une forme de mouvement somme toute naturelle pour les extrémités du corps humain (à cause des articulations), et qui ne demandait donc pas au machiniste un grand art pour la tracer.
D’un autre côté pourtant, cette ligne était extrêmement mystérieuse. Car elle n’était rien d’autre que le chemin qui mène à l’âme du danseur ; et il doutait que le machiniste puisse la trouver autrement qu’en se plaçant au centre de gravité de la marionnette, ou en d’autres mots,en dansant.
Je rétorquai qu’on m’avait dit de ce métier qu’il était sans âme : un peu comme la rotation d’une manivelle qui actionne une vielle.
« Pas du tout, me répondit-il. Les mouvements de ses doigts entretiennent un rapport assez complexe à celui des poupées qui y sont attachées, à peu près comme les nombres à leurs logarithmes ou l’asymptote à l’hyperbole. »
D’ailleurs, il pensait qu’on pourrait enlever aux marionnettes ce dernier reste d’esprit, et que leur danse pourrait être entièrement transposée au royaume des forces mécaniques, donc produite par l’entremise d’une manivelle, comme je me l’étais imaginé.
J’exprimai mon étonnement de le voir porter une pareille attention à une forme d’art inventée pour la plèbe. Et que non seulement il la jugeât susceptible d’un plus haut développement : il me semblait aller jusqu’à s’y intéresser.
Il sourit et me dit qu’il osait prétendre que, si un mécanicien acceptait de lui construire une marionnette selon ses exigences, il saurait lui faire exécuter une danse que ni lui, ni aucun autre danseur talentueux de l’époque, sans exclure Vestris lui-même, ne serait en mesure d’égaler.
« Avez-vous, me demanda-t-il, alors que je regardais le sol en silence, avez-vous entendu parler de ces jambes mécaniques, que certains artistes anglais confectionnent pour les malheureux qui ont perdu leur membre ? »
Je lui dis que non : je n’avais jamais rien vu de semblable.
« Je le regrette vraiment, rétorqua-t-il, car si je vous dis que ces malheureux dansent avec, j’ai tout lieu de craindre que vous ne me croyiez pas. — Que dis-je, danser ? Le cercle de leur mouvements est certes limité ; mais ceux qu’ils ont à leur disposition s’exécutent avec un calme, une grâce et une aisance capables d’étonner tous les esprits sensibles. »
Je lui dis, en plaisantant, qu’il avait donc trouvé son homme. Car l’artiste, qui était en mesure de construire une jambe aussi étonnante, saurait sans aucun doute lui assembler toute une marionnette selon ses exigences.
« Quelles sont donc, lui demandai-je, alors qu’à son tour il regardait par terre d’un air embarrassé, les exigences que vous adresseriez au savoir-faire de cet artiste ?
— Il n’y a rien, me répondit-il, qu’on ne trouve déjà ici : harmonie, mobilité, légèreté — mais à un plus haut degré ; et surtout une distribution des centres de gravité qui soit plus conforme à la nature.
— Et quel avantage cette poupée aurait-elle sur les danseurs vivants ?
— Quel avantage ? Avant tout, mon excellent ami, un avantage négatif : elle ne ferait en effet jamais de manières. Car l’affectation apparaît, comme le savez, au moment où l’âme (vis motrix) se trouve en un point tout autre que le centre de gravité du mouvement. Et comme le machiniste ne dispose, par l’intermédiaire du fil de fer ou de la ficelle, pas d’un autre point que celui-ci, les membres sont comme ils doivent être, morts, de simples pendules, et se soumettent à la seule loi de la pesanteur ; une propriété merveilleuse, qu’on chercherait en vain chez la plupart de nos danseurs.
« Vous n’avez qu’à regarder la P…, poursuivit-il, quand elle joue le rôle de Daphné et que, poursuivie par Apollon, elle se retourne vers lui ; son âme est logée dans les vertèbres des reins ; elle se plie comme si elle voulait se briser, telle une naïade de l’Ecole du Bernin. Voyez le jeune F…, quand il symbolise Pâris debout entre les trois déesses et tend la pomme à Vénus : son âme se tient cachée (c’est effroyable à voir) dans le coude.
« De telles erreurs, ajouta-t-il pour couper court, sont inévitables depuis que nous avons mangé du fruit de l’Arbre de la Connaissance. Mais le Paradis est verrouillé, et le Chérubin à nos trousses ; il nous faudrait donc faire le tour du monde pour voir s’il n’est peut-être par rouvert par derrière. »
Je ris. Il est vrai, pensai-je, que l’esprit ne saurait se tromper là où il n’existe pas. Mais je remarquai qu’il ne m’avait pas encore tout dit et le priai de poursuivre.
« Du reste, me dit-il, ces poupées ont l’avantage d’être antigravitationnelles. Elles ne savent rien de l’inertie de la matière, propriété on ne peut plus contraire à la danse : car la force qui les soulève dans les airs est supérieure à celle qui les retient au sol. Que ne donnerait notre bonne G… pour peser soixante livres de moins ou pour qu’un contrepoids de cette importance vienne l’aider à exécuter ses pirouettes et ses entrechats ? Comme les elfes, les poupées n’ont besoin du sol que pour le frôler et réanimer l’envolée de leurs membres par cet arrêt momentané ; nous-mêmes en avons besoin pour y reposer un instant et nous remettre des efforts de la danse : instant qui n’est manifestement pas de la danse, et dont il n’y a rien d’autre à faire que de l’écarter autant qu’on peut. »
Je lui dis qu’aussi adroitement qu’il mène l’affaire de ses paradoxes, il ne me ferait jamais croire qu’il puisse y avoir plus de grâce dans un mannequin mécanique que dans la structure du corps humain.
Il répondit qu’il était absolument impossible à l’homme d’y rejoindre un tant soit peu le mannequin. Que seul un dieu pourrait, dans ce domaine, se mesurer à la matière ; et que c’était là le point où les deux extrémités du monde circulaire venaient se retrouver.
Ma surprise allait croissant, et je ne savais que répondre à de si étranges affirmations.
Il semblait, répliqua-t-il, tout en prenant une pincée de tabac, que je n’avais pas lu avec attention le troisième chapitre du Premier Livre de Moïse ; et qu’à celui qui ne connaissait pas cette première période de la culture humaine, on ne pouvait guère parler des suivantes, et encore moins de la dernière.
Je lui dis que je savais fort bien quels désordres la conscience provoque dans la grâce naturelle de l’homme. Un jeune homme de mes connaissances avait, par une simple remarque, pour ainsi dire sous mes yeux, perdu son innocence et n’en avait plus jamais retrouvé le paradis, malgré tous les efforts qu’on pût imaginer. — « Mais, ajoutai-je, quelles conséquences pouvez-vous en tirer ? »
Il me demanda de quel événement je voulais parler.
« Je me baignais, lui racontai-je, il y a environ trois ans, avec un jeune homme, dont l’anatomie était empreinte d’une grâce prodigieuse. Il devait être dans sa seizième année et on pouvait à peine déceler chez lui les premiers signes de vanité provoqués par les faveurs des femmes. Le hasard voulait que nous ayons vu à Paris, peu de temps auparavant, cet éphèbe qui s’enlève une épine du pied ; le moulage de cette statue est connu et se trouve dans la plupart des collections allemandes. Le regard qu’il jeta dans un grand miroir à l’instant où, pour l’essuyer, il posait le pied sur un tabouret, le lui rappela ; il sourit et me dit quelle découverte il venait de faire. Je venais à vrai dire de la faire moi aussi, dans le même instant ; mais était-ce pour mettre à l’épreuve la grâce qui l’habitait, ou aller à l’encontre de sa vanité et l’en guérir un peu : je ris et rétorquai qu’il devait avoir des visions ! Il rougit et leva une deuxième fois le pied pour me le prouver ; mais, comme on aurait facilement pu le prévoir, sa tentative échoua. Déconcerté, il leva le pied une troisième et une quatrième fois, et il le leva bien dix fois encore : en pure perte ! Il était hors d’état de reproduire ce mouvement — que dis-je ? Les mouvements qu’il faisait étaient si comiques, que j’eus de la peine à retenir mon rire.
A dater de ce jour, pour ainsi dire de cet instant, une transformation inexplicable s’opéra en lui. Il passait des journées entières devant le miroir ; et un charme après l’autre le quittait. Une force mystérieuse et invisible semblait s’être posée, tel un filet de fer, sur le libre jeu de ses gestes, et quand une année eut passé, on ne trouvait plus trace en lui du charme qui avait fait la joie de ceux qui l’entouraient. Un témoin de cette étrange et malheureuse affaire vit encore aujourd’hui et pourrait vous confirmer, mot pour mot, ce que je vous ai raconté.
— A ce propos, me dit amicalement Monsieur C…, je voudrais vous raconter une autre histoire, dont vous comprendrez aisément qu’elle a sa place ici.
« Je me trouvais, lors d’un voyage en Russie, dans une des propriétés de Monsieur de G…, un gentilhomme livonien, dont les fils pratiquaient alors intensément l’escrime. Surtout l’aîné, qui venait de quitter l’université, se vantait d’être un virtuose et me proposa, comme j’étais un matin dans sa chambre, une rapière. Nous nous battîmes ; mais il se trouva que je lui étais supérieur ; la passion acheva de le troubler ; presque chaque coup que je donnais le touchait, et finalement, sa rapière s’envola dans un coin de la pièce. A moitié pour plaisanter, et à moitié dépité, il me dit en ramassant son arme qu’il avait trouvé son maître, mais que dans ce monde chacun trouvait le sien et qu’il voulait me conduire au mien. Les deux frères éclatèrent de rire et s’écrièrent : « Allons ! Allons ! Descendons au bûcher ! » et ils me prirent par la main et me menèrent devant un ours que leur père, Monsieur de G…, faisait élever dans la cour.
« Lorsque, stupéfait, je me trouvai face à lui, l’ours se tenait sur ses pattes arrière, le dos appuyé au poteau où il était attaché, la griffe droite levée, prête à frapper, et il me regardait dans les yeux : il s’était mis en garde. Quand je me vis confronté à un tel adversaire, je ne sus si je rêvais ; pourtant, Monsieur de G… me dit : « Attaquez, attaquez ! Et essayez donc de lui donner un coup ! » Une fois remis de ma première surprise, je poussai une botte ; l’ours fit un mouvement de patte très bref et para l’attaque. J’essayai de le suborner avec des feintes ; l’ours ne bougea pas. Je poussai encore une botte soudaine, avec une telle adresse que j’en aurais infailliblement touché la poitrine d’un homme : l’ours fit un mouvement de patte très bref et para l’attaque. A présent, j’étais presque dans la situation du jeune Monsieur de G… Le sérieux de l’ours achevait de me faire perdre contenance, les attaques et les feintes alternaient, la sueur me ruisselait sur le corps : en pure perte ! Non seulement l’ours parait toutes mes attaques, comme le premier escrimeur du monde, mais (ce en quoi aucun escrimeur au monde ne l’eût imité) il ne répondait même pas à mes feintes : son œil dans le mien, comme s’il avait pu lire dans mon âme, il restait griffe levée, prêt à frapper, et quand mes attaques n’étaient qu’esquissées, il ne bougeait pas.
« Croyez-vous cette histoire ?
— Absolument ! m’écriai-je avec enthousiasme ; elle est si vraisemblable que je le ferais même si elle me venait d’un inconnu : à plus forte raison quand elle me vient de vous !
— Ainsi, mon excellent ami, me dit Monsieur C…, vous êtes en possession de tout ce qu’il faut pour me comprendre. Nous voyons que, dans le monde organique, plus la réflexion paraît faible et obscure, plus la grâce est souveraine et rayonnante. — Cependant, comme l’intersection de deux lignes situées d’un même côté d’un point se retrouve soudain de l’autre côté, après avoir traversé l’infini, ou comme l’image d’un miroir concave revient soudain devant nous, après s’être éloignée à l’infini : ainsi revient la grâce, quand la conscience est elle aussi passée par un infini ; de sorte qu’elle apparaît sous sa forme la plus pure dans cette anatomie humaine qui n’a aucune conscience, ou qui a une conscience infinie, donc dans un mannequin, ou dans un dieu.
— Par conséquent, lui dis-je un peu songeur, nous devrions manger une fois encore du fruit de l’Arbre de la Connaissance, pour retomber dans l’état d’innocence ?
— Sans aucun doute, me répondit-il ; c’est le dernier chapitre de l’histoire du monde.





dimanche 20 mars 2016

Semaine théâtrale - du 20 au 26 mars 2016


Que se passera-t-il, dans le merveilleux monde du théâtre, au cours des sept prochains jours? Vous saurez tout (enfin, selon ce que moi je sais!) en lisant le billet suivant!

Mercredi 23 mars (20h) et jeudi 24 mars (12h30)
Studio-Théâtre de l'UQAC (Chicoutimi)

La Tortue Noire présente l'un de ses spectacles emblématiques: Kiwi, un texte de Daniel Danis mis en scène par Guylaine Rivard et joué par Dany Lefrançois et Sara Moisan. Le spectacle raconte l’histoire de Kiwi, une petite fille abandonnée qui est recueillie par un gang de jeunes. Ensemble, ils luttent pour leur survie. Nos héros, champions en résilience, nous racontent leur histoire troublante avec émotion et beaucoup d’action. À l’aide de vieux objets récupérés, ils mettent en scène leur vie à la façon d’un road théâtre captivant. Ils ont l’un pour l’autre une tendresse infinie, qui parvient à illuminer leur existence, la transformant ainsi en une grande leçon de solidarité. Pour réserver, il y a le bon vieux téléphone: : 418-698-3403 ou cet utile courriel:
communications.latortuenoire@hotmail.com...

Et c'est tout... je veux dire, c'est tout pour ce qui est des représentations publiques... parce qu'ici, il n'est pas fait mention de tout le travail en cours un peu partout! 

samedi 19 mars 2016

«Le siècle Stanislawski»

Dans l'Histoire du théâtre, Stanislawski est un immense personnage. Auteur de Ma vie dans l'art, de La formation de l'Acteur (qu'à peu près tous les comédiens de partout ont à lire un jour ou l'autre!) et de La construction du personnage, il a mis en place une façon d'aborder le jeu qui sera connue sous le nom de Système. (En Amérique, ce sera par un succédané de ce système qu'il sera reconnu: L'Actor's Studio.)

Voici un (long... qui dure trois heures) documentaire en trois parties: Le siècle Stanislawski. La qualité de l'image et du son laisse à désirer... la présence de sous-titres espagnols est agaçante... mais tout ceci n'entravent pas le plaisir de voir des images (photos et vidéos) de cette époque révolutionnaire qui marquera à jamais la suite des choses. 



vendredi 18 mars 2016

«Le mort à cheval» - Séminaire de Chicoutimi, 21 novembre 1945

Je continue ici la remise à jour de l'histoire du théâtre au SLSJ en présentant, ce matin, des photographies (de ma collection!) d'une pièce qui  a été présentée le 21 novembre 1945 - il y a donc un peu plus de 70 ans! - au Séminaire de Chicoutimi.

La piètre qualité de l'image est due au fait qu'il s'agit là de photos de photos et non d'une numérisation. Mais qu'importe. Les détails sont assez nets (cadre de scène, rampe d'éclairage, accessoires, costumes, toile de fond, disposition spatiale) pour donner une idée du type de théâtre qu'il s'y faisait. 




J'ai fait une brève recherche sur internet pour retrouver cette pièce, connaître la date de sa création, l'auteur et l'intrigue... mais en vain. La seule chose conséquente que j'ai trouvée, c'est qu'elle a été programmée durant la saison 1951-52 au Théâtre des Célestins à Lyon.

jeudi 17 mars 2016

Retour vers le futur...?


En faisant le ménage de mon bureau, à la maison, je suis retombé sur un paquet de travaux faits à la maîtrise (entre 2003 et 2005). J'ai toujours aimé l'université (particulièrement les études du second cycle)... et ça me manque parfois de prendre le temps de réfléchir à ma pratique, de la définir, de la questionner.

Parmi ces travaux, il y en a un que je trouve intéressant. Il fallait, dans un exercice d'objectivité, définir sa propre pratique, cerner les principaux éléments qui la composent, ce qui la distingue... le tout en dix points 10 points. Ni plus, ni moins. 

Voici donc comment j'établissais, le 27 avril 2004, les spécificités de mon travail scénique: 

  1. Absence du travail de table
  2. Aire de jeu réduite et dépouillée
  3. Moyens techniques minimaux
  4. Absence de musique et/ou de trame sonore
  5. Texte comme partition chorégraphique
  6. Utilisation maximale des objets scéniques
  7. Sens choral
  8. Jeu plastique et sculptural
  9. Jeu sur les conventions
  10. Ouverture vers le public

Bon. J'épargne ici le lecteur de la description de chacun des points... les intitulés me semblent assez clairs et nets pour ne pas avoir à les expliquer.

C'était il y a 12 ans! Pourtant, tous ceux qui me connaissent reconnaîtrons là la majeure partie de ma pratique! Je ne sais pas si c'est rassurant (la constance, la continuité) ou inquiétant (le manque d'évolution)... mais j'aurais pu avoir écrit ça ce matin!

mercredi 16 mars 2016

Théâtre moderne: source empoisonnée!

J'aime bien les diatribes de l'Église contre le théâtre... qu'elles viennent des Pères de l'Église du IVième au 8ième siècle ou des grands prédicateurs de l'époque classique... Ici, au Québec, l'histoire est aussi longue en cette matière, notamment sous la férule de deux figures majeures: Mgr St-Vallier (à la fin du XVIIième siècle) et Mgr Bourget (au milieu du XIXième siècle). Deux êtres qui vouaient une haine féroce envers la chose dramatique! 

L'ensemble des billets relatant ces fielleux écrits se retrouve ici.

Voici que je retrouve également une telle charge anti-théâtrale au Saguenay! À l'intérieur même de L'Oiseau-Mouche (le journal étudiant du Séminaire de Chicoutimi dont il était question dans le dernier billet), sous la plume de l'Abbé Henri Cimon, professeur de l'institution et futur curé de la mission de St-Joseph d'Alma. Cet assaut fait partie de ses Impressions de voyages (souvenirs d'un voyage en Europe et en Terre Sainte en 1891-1892) publiées dans ce journal  sous le pseudonyme de Laurentides. Le tout sera édité quelques années plus tard, sous le titre Aux Vieux Pays et sous son vrai nom (qu'un peut lire ici).


Donc, pour revenir au sujet annoncé... C'est donc en ces termes qu'il aborde, de son passage à Parie et à la Comédie-Française, le théâtre moderne, dans le première numéro du second volume du journal, en janvier 1894 (et en page 48-49 de l'édition citée plus haut):

Le théâtre moderne, voilà la source empoisonnée où va s'abreuver de gaieté de cœur une foule avide de plaisirs et de nouveautés; elle y puise l'esprit de légèreté, le goût des aventures romanesques et la dépravation des mœurs. 

Même ces pièces, prétendues bonnes par les familiers du théâtre, trop souvent ne sont pas sans danger, et renferment quantité de fausses maximes qui, à force d'être répétées, finissent pas pénétrer dans le cœur et l'Esprit de ceux qui ne cessent de les entendre, et pervertissent le sens moral. Le mal est encouragé sous milles formes différentes et spécieuses, et le bien relégué trop souvent au second rang. Autrefois, on mettait en scène les grandes passions qui se partagent le cœur humain, mais du moins on les reconnaissait facilement, et elles inspiraient de l'horreur; le théâtre contemporain tend à changer les rôles, et des paroles contraires aux saines notions du devoir et de la vertu, sont mises sur les lèvres des personnages honnêtes de la pièce.

Maintenant jugez des amusements qu'on se paye dans cette ville de Paris. La Comédie-Française donne des représentations tous les soirs, et chaque fois, galerie, parterre, loges de famille, toute la salle regorge de spectateurs. Et il en est ainsi dans plus de trente théâtres où se presse tout unmonde toujours impatient de nouvelles sensations.

Sur les minuits, toutes ces salles de spectacle se vident. Les rues se remplissent de la multitude qui s'en échappe, et prennent une recrudescence d'animation. 

Que de désordres une seule nuit de la grande capitale renferme dans ses plis ténébreux!

L'histoire ne dit pas s'il appréciait les Soirée dramatiques du Séminaire et s'il y participait... Peut-être... puisqu'il ne désavoue ici que le théâtre moderne... et non les vertus morales du théâtre classique!

lundi 14 mars 2016

Un témoin du passé


Nous avons, à la maison, l'édition complète et originale de L'Oiseau-Mouche... le journal étudiant du Séminaire de Chicoutimi, paru entre 1893 et 1902. Journal marquant pour l'histoire régionale. Journal aussi controversé par les prises de positions de ses auteurs... la plupart étant des membres et futurs membres du clergé écrivant sous des pseudonymes ou des étudiants en Belle Lettres comme, par exemple, un certain Damasse Potvin! 


C'est là une source intéressante d'informations... étalée sur une décennie! Et parmi les lettres, les carnets de voyage, les envolées nationalistes et patriotiques, les remises de prix en Grec, en Philosophie et en Belles Lettres, les nouvelles ordinations et les nouvelles morts, il y a aussi - et c'est là que je suis titillé! - la description des soirées dramatiques (Il y en avait 2 ou 3 durant l'année) souvent données en l'honneur du Supérieur ou lors de la visite d'un important prélat... 

C'est ainsi qu'au cours de cette décade, de jeunes hommes (souvent les Rhétoriciens) se sont adonnés aux plaisirs de la scène (théâtre et opérettes)... dans des pièces incontournables de Molière (comme Le Malade Imaginaire, L'Avare, Les Fâcheux) ou de Racine (comme Athalie ou Les Plaideurs). 

Mais il n'en demeure pas moins que ce sont aussi des gens de leur époque! Et du coup, ils s'inscrivent également dans un répertoire qu'on imagine facilement à la mode (et moraliste): Les quatre prunes,  L'expiation, À travers les branches, À Boulogne-sur-mer, Tête-Folle, La Chasse à l'Ours, Quand on conspire et Les Flibustiers

Mais l'un des auteurs des plus appréciés est Charles Le Roy-Villars (né apparemment en 1871, donc très contemporain... mais je ne trouve bien peu de choses sur lui...) alors que sont présentés avec grands succès les spectacles Les Piastres Rouges (ici), Le Gondolier de la mort (ici), La Foire de Séville et Le Moulin du Chat qui fume

D'ailleurs, une anecdote vient avec cette dernière pièce (en 1898)... racontée ainsi après un court paragraphe vantant les mérites de cette production : Seulement, il y a une ombre au tableau; hélas! les meilleures traditions s'en vont ainsi. Les rideaux, que le petit Z était si fier de tirer jadis, vont disparaître pour faire place à un rideau peint à l'huile qui, dit-on, se lève tout seul. Voilà donc le poste glorieux de «tireur de rideaux» - convoité à si juste titre par tous les petits Z, de génération en génération - aboli à jamais. Sic transit, etc

C'est donc là une bonne partie du théâtre qui se jouait à Chicoutimi en cette fin du XIXième siècle!

dimanche 13 mars 2016

Semaine théâtrale - 13 au 19 mars 2016


Depuis que j'ai repris ce blogue, j'avais toujours l'impression qu'il me manquait une chose... et c'était le calendrier théâtral hebdomadaire! Voici alors ce qui se passe, cette semaine, dans le monde théâtral saguenéen...

Mardi, 15 mars 2016
Salle Michel Côté (Alma), 9h30 
Représentation scolaire

Ville d'Alma Spectacles reçoit, dans le cadre d'une représentation scolaire, le spectacle Rosépine, une production du Théâtre Les Amis de Chiffon. Du haut de ses six ans, Rosépine est bien décidée à réconforter les habitants de son pays touchés par le tsunami. Elle entend d’ailleurs, au loin, de mystérieux pleurs… mais d’où viennent-ils? En cherchant leur source, la petite fille fera de surprenantes rencontres! Imprégné des chaudes couleurs d’Asie, ce spectacle de marionnettes à la mise en scène, aux décors et aux costumes captivants propose un récit sensible sur la solidarité, qui conscientise les jeunes aux enjeux planétaires actuels. (Pour d'autres détails, consultez le site de Ville d'Alma Spectacles.)

Mercredi, 16 mars 2016
Salle Pierrette-Gaudreault (Jonquière), 20h

Le Théâtre La Rubrique reçoit le spectacle Le long voyage de Pierre-Guy B., une co-production du Théâtre Sortie de Secours, du Théâtre de l'Escaouette et du Théâtre français du CNA. En errance depuis plusieurs années en Europe de l'Est et au Moyen-Orient, Pierre-Guy B. percussionniste, est au bout du rouleau. Il retourne au bercail, dans le village tranquille de Charlo, en Acadie, où il a vu le jour. Là, dans une petite maison au bout de nulle part, devant la mer immense, il entreprend un voyage vertigineux. Un périple intérieur, jalonné des moments trépidants ayant marqué sa vie et l'ayant conduit `;a se réfugier dans la musique, la solitude et la vie nomade. (Pour d'autres détails, consultez le site de La Rubrique.)

Je crois que c'est tout... du moins, c'est ce que j'ai trouvé...

samedi 12 mars 2016

Le théâtre... ennemi de la foi


C'est ainsi que commence cette lettre pastorale (écrite en 1863... et ici se trouve la petite histoire de ces conciles) qui donnera les mesures nécessaires pour conserver le dépôt sacré de la foi que les ancêtres ont légué. Ces ennemis de la foi, ces éléments que l'enfer met en oeuvre pour ruiner de fond en comble la véritable religion sont l'hypocrisie, la lecture des mauvais livres, la fréquentation d'institutions où l'on met de côté les principes catholiques (écoles, faculté de droit et de médecine, université), les mariages mixtes (catholiques et protestants), la cupidité, le luxe l'ivrognerie mais aussi le théâtre et les spectacles:


J'aime toujours ces passages d'un autre temps (pourtant pas si lointain) qui expliquent, d'une certaine façon, le difficile contexte d'évolution du théâtre au Québec

jeudi 10 mars 2016

CQT: Manifeste pour un Québec qui fait rêver



Le Conseil Québécois du Théâtre (communément nommé le CQT) a diffusé depuis quelques jours, sur ses plateformes (et sur celles de nombreux acteurs du milieu théâtral), son Manifeste pour un Québec qui fait rêver, réclamant, encore une fois, à quelques jours du dépôt du budget provincial, un réinvestissement majeur dans la Culture.

Voici ce manifeste:

Manifeste pour un Québec qui fait rêver

Monsieur le Premier ministre, Philippe Couillard
Monsieur le Président du Conseil du trésor, Sam Hamad
Monsieur le ministre de la Culture et des Communications, Luc Fortin
Monsieur le ministre des Finances, Carlos Leitão

Nous toutes et nous tous du milieu théâtral québécois croyons qu’il est grand temps de réinventer un Québec qui fait rêver.

Nous prenons aujourd’hui parole en faveur d’une action inspirée et résolue de la part du gouvernement qui permette de donner un souffle nouveau au milieu des arts et de la culture. Nous, acteurs, metteurs en scène, auteurs, concepteurs, techniciens,  médiateurs diffuseurs, artisans et travailleurs culturels, vous demandons un réalignement majeur et visionnaire, un engagement réel et concret dans le prochain budget provincial. L’imaginaire a un urgent besoin de retrouver ses ailes, de reprendre sa place dans le cœur des Québécoises et des Québécois.

Nous ne nous lancerons pas ici dans une litanie de chiffres. Qu’il suffise de rappeler que notre milieu n’a pas connu de réinvestissement de fonds publics depuis 2003. Le milieu des arts et de la culture engendre cependant, bon an mal an, des retombées d’environ 10 milliards de dollars dans le PIB québécois. Au-delà de l’apport économique, nous contribuons chaque jour, par le peaufinage d’un rôle dramatique, par l’écriture d’une ligne de dialogue, par le montage d’une image scénique, par la confection d’un costume ou d’une marionnette, par la révision d’un budget de production archi-serré, au devenir de notre société, à l’édifice de notre âme collective. À ce que nous laisserons en héritage.

En cette ère de mondialisation et de numérisation des échanges, les arts et la culture sont plus que jamais le ferment de notre identité. Dans le contexte d’une langue française fragilisée à Montréal, d’une immigration diversifiée qui cherche ses repères, de régions qui ont besoin de poursuivre leur développement, nous croyons apporter quotidiennement des éléments de réponse à ce questionnement identitaire que vit et que vivra toujours le Québec.

On ne se cachera pas que les derniers mois ont été difficiles. Les coupes de 2,5 millions qu’a dû subir le Conseil des arts et des lettres du Québec (CALQ) en juin 2015 ont bouleversé l’économie déjà fragile du milieu. Des postes ont été supprimés dans les organismes de services aux artistes. Des tournées et des projets de coproductions à l’international ont été brutalement interrompus. Des compagnies qui espéraient recevoir le signal que leur travail de recherche et de création des dernières années soit enfin reconnu par l’octroi d’une subvention au fonctionnement ont été amèrement déçues. Certes, les fonds pour les arts numériques ont connu une légère augmentation. Mais les programmes du CALQ, ceux qui sont destinés à l’ensemble des artistes et des organismes, sont en constante décroissance due à l’augmentation du coût de la vie. Nous nous sommes réellement appauvris.

Et pourtant, les créateurs d’ici font l’envie du monde entier. On chante leurs louanges à Berlin, à Tokyo, à Paris, à Port-au-Prince. Ce n’est pas la vitalité artistique qui manque au Québec. Or, trop d’excellents projets qui font preuve d’une démarche novatrice, qui questionnent notre histoire et notre identité, qui intègrent la diversité culturelle et les Autochtones, qui mélangent les formes d’art, doivent malheureusement être mis de côté, car les fonds manquent. Des idées sublimes ne verront jamais le jour. De très bons créateurs d’ici quittent le Québec chaque année pour aller pratiquer leur art là où les conditions pour le faire sont meilleures. D’autres, et ils sont nombreux, ont tourné le dos à ce qui pourtant les remuait profondément et créait de la beauté autour d’eux. Cette situation ne peut plus durer.

Nous crions haut et fort notre ardent désir, notre envie incommensurable d’un Québec qui fait rêver. Notre travail consiste à ouvrir les portes de l’imaginaire, à créer des mondes possibles, à repousser les limites des gestes et des mots, à donner aux enfants l’élan qu’il leur faut pour vouloir changer le monde. Notre cri du cœur, il est pour ces 60 % d’enfants québécois qui traversent leur primaire et leur secondaire sans jamais avoir la chance d’assister à une représentation théâtrale donnée par les quelque 40 compagnies qui se dévouent au théâtre pour les jeunes publics. Il est pour ces jeunes parents dont le budget ne permet pas l’achat d’un billet de théâtre. Il est pour ces personnes issues de communautés culturelles qui voudraient mieux connaître l’art et la culture d’ici, mais qui n’y ont pas accès. Il est pour ces lieux de diffusion en région qui ne fonctionnent pas à leur pleine capacité, faute de moyens adéquats. Il est pour toutes ces femmes et pour tous ces hommes qui méritent qu’on aille davantage à leur rencontre, qu’on puisse partager avec eux ce qui donne un sens à nos vies. Qu’on leur donne envie de rêver.

Le théâtre est un des derniers lieux où il est possible de se regarder agir, de prendre une pause bienfaisante, pour nous observer les uns les autres avec lucidité. Nous croyons que cet espace d’introspection et de regard vers le monde est essentiel pour le Québec. Nous, gens de théâtre, participons du lien vital entre le peuple québécois et la société qu’il incarne.

Dans le cadre de la révision prochaine de la Politique culturelle du Québec, nous avons la conviction qu’il est grand temps de poser un geste marquant et visionnaire, de prendre à bras le corps une position sans équivoque en faveur des arts et de la culture dans le prochain budget. Nous sommes convaincus qu’il ne s’agit pas là d’un luxe pour le Québec, mais d’un investissement fondamental, nécessaire et urgent, pour un milieu dont les besoins sont immenses.

Maintenant que votre gouvernement a atteint son objectif du retour à l’équilibre budgétaire, il est temps de nous en montrer le sens. Quelle est votre vision de l’avenir proche et lointain ? Quel sera le legs de votre gouvernement pour les générations futures ? Comment seront-elles marquées, investies, touchées, ébranlées, éblouies, poussées vers le haut, fières de qui elles sont, fières d’être partie intégrante de la plus grande nation francophone d’Amérique ? Et comment les communautés anglophones et les onze nations autochtones qui vivent sur ce territoire se sentiront-elles incluses dans la société québécoise de demain ? Ces questions, nous devrons les aborder de front, tous ensemble, pour redevenir les acteurs de notre propre histoire et reprendre la marche en avant du changement.

Nous, acteurs, metteurs en scène, auteurs, concepteurs, techniciens, médiateurs, diffuseurs, artisans et travailleurs culturels, voulons contribuer à ce nouvel élan. Nous avons une foi inébranlable en la capacité du peuple québécois, un peuple inspiré, éduqué, curieux, créatif et empathique, d’accomplir de grandes choses. Nous souhaitons plus que jamais être une des courroies de transmission de la construction d’un territoire propice aux idées et aux rêves. Nous voulons travailler avec vous et avec l’ensemble de la société, que nous habitons dans notre chair et que nous aimons.

Choisissons, collectivement, de recommencer à rêver. Regardons vers l’avenir avec confiance et fierté, mus par une force identitaire et culturelle d’une puissance égale à nos capacités d’innovation.

Nous vous invitons aujourd’hui à être ce gouvernement courageux.

Aidez-nous à rendre possible ce Québec qui fait rêver.

Au nom du Conseil québécois du théâtre,

Jean-Léon Rondeau
Président

mercredi 9 mars 2016

Y a pas de fumée sans feu...

 
Il fut une époque où beaucoup - et c'est presque un euphémisme! - de gens en théâtre fumait. Il fut une époque où moi-même je fumais beaucoup (en fait, j'ai arrêté il y a un peu plus de trois ans). Et quand les moyens financiers me le permettaient, je jetais mon dévolu sur des Du Maurier.

Aujourd'hui - ô hasard - j'ai découvert, dans un vieux programme de théâtre de 1963 (une grande tournée américaine de la tragédienne Marie Bell), que les cigarettes Du Maurier (marque canadienne) avait été ainsi nommées en l'honneur d'un grand acteur de théâtre (et néanmoins anobli en 1922 par le roi Georges V) britannique, Sir Gerald Du Maurier... 


(C'est aussi lui qui apparait à 3m48 dans cette vidéo tournée en 1931...)


... de son nom complet Gerald Hubert Edward Busson du Maurier dont les belles années théâtrales (et filmiques...) se situent au tout début du XXième siècle. Après tout, difficile de faire autrement: il est mort en 1934!

Décidément, le théâtre est dans tout!


Être metteur en scène... par Strehler


Mon métier consiste à raconter des histoires aux autres. Il faut que je les raconte. Je ne peux pas ne pas les raconter. Je raconte les histoires des uns aux autres. Ou bien je raconte mes propres histoires à moi-même ou aux autres. Je les raconte sur une scène de bois où il y a d'autres êtres humains, au milieu d'objets et de lumières. S'il n'y avait pas de scène en bois, je les raconterais par terre, sur une place, dans une rue, dans un coin de rue, sur un balcon, derrière une fenêtre. S'il n'y avait pas d'êtres humains auprès de moi, je les raconterais avec des morceaux de bois, des bouts d'étoffe, du papier découpé, du fer-blanc, avec ce que le monde peut m'offrir. S'il n'y avait rien, je les raconterais en parlant à haute voix. Si je n'avais pas de voix, je parlerais avec mes mains, avec mes doigts. Privés de mains et de doigts, je les raconterais avec le reste de mon corps. Je raconterais muet, je raconterais immobile, je raconterais en tirant des ficelles, sur un écran, devant une rampe. Je raconterais de toutes les façons possibles car l'important pour moi est de raconter les choses aux autres, à ceux qui écoutent. 

C'est la réponse de Giorgio Strehler (tirée du bouquin Un théâtre pour la vie, publié chez Fayard en 1980, p.123) à qui lui demande de dire son métier. Une belle définition de la mise en scène, de l'engagement théâtral.

mardi 8 mars 2016

Nouvelles acquisitions...

Comme j'ai repris en main la rédaction de ce blogue, il me faut - il va sans dire! - du matériel pour l'alimenter... mais plus égoïstement, il me faut, à moi, de la lecture pour me stimuler... agrémentant, du coup, ma bibliothèque personnelle! C'est pourquoi les bouquineries sont une source inestimable d'ouvrages bon marché... d'ouvrages que je ne retrouverais plus (ou difficilement) sur les tablettes des librairies. 

Je rentre donc d'une petite virée livresque sur la rue Saint-Jean, à Québec, avec, dans mon sac, de nouveaux terrains de jeux!

D'abord les plus intéressants... d'un point de vue anecdotique et/ou théorique... par deux grands monuments du théâtre du XXième siècle.




Puis ceux qui ouvrent un pan d'histoire sur le théâtre... que ce soit sur le burlesque québécois (ce théâtre populaire des années 1900-1950) héritage des USA... ou sur l'avant-garde russe (en particulier autour de Maïakovsky) du début du XXième siècle... autre période qui me fascine. 





Enfin, un ouvrage fort utile pour qui donne de la formation: le fameux Livre des exercices de Patrick Pezin, un ouvrage qui fait date par sa richesse, sa construction et la description des exercices proposés.






J'ai là de nombreuses heures de lecture à venir!

samedi 5 mars 2016

Un point de vue sévère sur le théâtre... mais quel point de vue!


Lire Howard Barker n'est pas de tout repos... tant lorsqu'il s'agit de ses bouquins théoriques que lorsqu'il est question de ses pièces. Son exigence envers le théâtre - même si stimulante! - est d'un radicalisme épuisant. Une vision sans compromis possible. Une vision intransigeante parce que convaincue. Un engagement puissant.

Voici, en quelques lignes (tirées de son ouvrage Arguments pour un théâtre, en page 214), ce qu'il dit du théâtre d'aujourd'hui, dans le contexte d'aujourd'hui.

[...] Le théâtre n'est plus capable de divertir, même s'il sombre de plus en plus dans le divertissement. Il n'est plus possible de l'instrumentaliser, même s'il participe à des modes de productions mécaniques et il s'avère complètement inefficace, le pire cauchemar des comptables. C'est là que se trouve sa profonde rédemption. Face aux avancées technologiques, aux réseaux d'information, à la capitalisation de l'enseignement, à l'inexorable flot d'imitation de la vie et de guimauve qui inonde la télévision et le cinéma, il affirme sa nature problématique et résiste à l'enrégimentement de par sa forme même. Et en outre... partout où le théâtre s'offre comme divertissement, il apparaît comme un avilissement même aux yeux et aux oreilles de spectateurs non avertis qui désertent le théâtre et continuent à le déserter au fur et à mesure que celui-ci s'efforce servilement de les allécher en s'adressant à ce qu'il s'imagine être leur gout. Encore un triomphe de la nature sur le marché. Encore un triomphe de l'âme sur l'éthique du plaisir. C'est précisément parce qu'un tel théâtre est l'esclave du public qu'il est voué à l'extinction. [...] Le théâtre qui doit être une nécessité répudie le public en tant que principe valorisant de production. Il existe pour lui-même et, paradoxalement, en existant pour lui-même; il devient une nécessité pour le public [...].

C'est le genre de lecture qui donne à réfléchir. Qui commande à celui qui lit de prendre position: que fais-je? pour quoi le fais-je? pour qui? qu'est-ce qui sous-tend mon (mes) projet(s)? 

Ça revient un peu, au fond, au même type de questionnement que celui exposé dans l'un des derniers billets de ce blogue (ici) concernant la prise de risque.

vendredi 4 mars 2016

De retour à l'écriture...


Parmi les plus grands et les plus terribles personnages du théâtre antique et du théâtre classique se détache celui de Médée. Femme forte. Femme faible. Femme détruite dont la haine la poussera à détruire à son tour. C'est la mère qui, par haine de son Jason adoré qui la délaisse au profit d'une jeune princesse, sacrifiera sciemment ses deux jeunes enfants. Une punition terrible. Une punition sans retour en-arrière possible. Bon. L'histoire est plus complexe mais l'essentiel est là.

Cette voix qui hurle sa douleur et fait frémir par cette rage qui sous-tend chacune de ses paroles... cette voix terrifiante résonne encore et toujours aujourd'hui.

Après de multiples projets de collages (sans aboutissement) à partir de l'un ou l'autre des Médée qui ponctue chacune des grandes époques de l'histoire théâtrale (dont les oeuvres de Euripide, Sénèque, Corneille, Anhouil, Muller), je me suis retourné depuis peu vers un projet plus personnel (après une pause de quatre ans déjà): l'écriture d'un monologue à partir des prémisses de ce mythe.

Une écriture qui va bon train. Une écriture qui me ramène à un chantier que j'affectionne particulièrement, celui de la forme (le rythme, le motif, la sonorité).

mardi 1 mars 2016

L'espace de la farce au Moyen-Âge


Bientôt, mon équipe et moi, nous nous lancerons dans un travail axés sur des farces médiévales. À ce titre, l'ouvrage de Michel Rousse (professeur émérite de l'Université de Haute Bretagne, spécialiste de la farce), La scène et les tréteaux, est une petite bible d'informations sur la façon d'aborder de telles oeuvres.

Comme cette indication sur l'espace (pp. 100-101):

Le théâtre des farces émane d'un monde païen où l'espace est apte à recevoir toutes les structurations imaginables; d'une pièce à l'autre, mais surtout, d'une moment à l'autre d'une même pièce, il se définit différemment. Sa grande force est de ne pas avoir de décor, cet espace n'obéit qu'à lui-même: le décor définit le lieu et, par voie de conséquence, les personnages qui vont s'y produire, et qui en sont comme l'émanation. La démarche de la farce est inverse, le personnage définit le lieu par sa seule présence. Ce qui implique la convention suivante: la première fois qu'un personnage apparaît sur scène, à moins d'indications contraires dans son discours, il est dans son lieu familier.

Intéressant comme point de vue: l'interprète comme source de la définition de l'espace... Ça ouvre les possibilités tout en se concentrant sur l'essentiel du spectacle: le jeu. Du coup, ces farces sont une riche matière pour travailler la convention (au sens artistique du terme) et la tradition, pour travailler la présence et la mécanique du rire.